Ann Jefferson, biographe : « Nathalie Sarraute cherchait à rendre visible ce que les mots dissimulent »
Ann Jefferson (née en 1949) est professeure émérite à l’université d’Oxford (Royaume-Uni), spécialiste de Nathalie Sarraute, qu’elle rencontra régulièrement à la fin de sa vie. Elle lui a consacré de nombreuses études critiques, ainsi qu’une biographie faisant autorité (Flammarion, 2019). Elle a également écrit un essai, Le Défi biographique (PUF, 2012).
Nathalie Sarraute a été tiraillée très jeune entre des parents séparés et entre son pays natal, la Russie, et Paris. Quelle empreinte cette enfance exilée a-t-elle laissée ?
Nathalie Sarraute a quitté la Russie avec sa mère pour Paris, à l’âge de 2 ans, si bien qu’elle n’a gardé que très peu de souvenirs exacts de son pays natal. Elle fut élevée dans un milieu d’exilés russes qui avaient d’authentiques souvenirs de la Russie et qui caressaient certains espoirs concernant son avenir. Cela l’a marquée, bien sûr. Elle nourrissait une vision idéalisée de sa maison natale, qui n’avait rien à voir avec celle où elle avait passé les deux premières années de sa vie, au nord de Moscou, à Ivanovo. La petite Natacha était habitée d’un riche monde imaginaire qu’elle situait pour beaucoup en Russie. De toute façon, l’enfance occupe une place centrale dans son imaginaire littéraire.
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