Culture

Au château de Nantes, deux artistes donnent corps et visages à l’esclavage

Au château de Nantes, deux artistes donnent corps et visages à l’esclavage

Le Musée d’Histoire de Nantes, qui est logé dans le château des ducs de Bretagne, est, avec le Musée d’Aquitaine à Bordeaux, l’une des institutions françaises où la traite négrière est largement et clairement exposée. L’histoire leur en fait un devoir, les deux ports ayant dû une grande part de leur prospérité aux XVIIe et XVIIIe siècles au commerce des esclaves capturés en Afrique. Le musée de Nantes ajoute une spécificité : un cycle d’expositions nommées « Expression(s) décoloniale(s) », commencé en 2018, qui propose à des artistes contemporains d’intervenir dans les salles, là où ils le décident.

Le château tenant du dédale, avec escaliers et corridors, et les œuvres des invités étant partout, il faut de la persévérance et, quelquefois, le secours des gardiens pour n’en manquer aucune. Mais c’est le moyen d’établir des correspondances serrées entre les œuvres actuelles et les collections permanentes, que le visiteur revoit donc en détail, à la recherche des interventions actuelles.

L’exposition du moment, quatrième du genre, pousse ce principe de dispersion plus loin encore. Elle est confiée à deux artistes, la Brésilienne Rosana Paulino, née à Sao Paulo en 1967, et le Sénégalais Omar Victor Diop, né à Dakar en 1980. La curatrice béninoise Lylly Houngnihin est aussi de la partie. Elle a aménagé des vitrines thématiques, dont l’une revient sur les révoltes des Kanak contre la colonisation française de la Nouvelle-Calédonie, vaincues par la répression, et une autre sur la photographie dite ethnographique, abondamment pratiquée en Afrique au temps des colonies, dont le premier effet était de réduire femmes et hommes à des types et des fonctions invariables, au mépris de toute idée d’individualité.

Il vous reste 71.46% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Vous avez peut-être manqué