Culture

Au Théâtre des Abbesses, Alexander Zeldin sublime les gestes minuscules et essentiels des travailleurs précaires

Au Théâtre des Abbesses, Alexander Zeldin sublime les gestes minuscules et essentiels des travailleurs précaires

L’infinie délicatesse et l’extrême justesse avec lesquelles le dramaturge britannique Alexander Zeldin met en scène de fictifs travailleurs précaires dans Prendre soin sont deux raisons, parmi d’autres, de se rendre au Théâtre des Abbesses où se joue ce spectacle remarquable.

Il n’y a pas un soupçon de misérabilisme dans les quatre-vingt-dix minutes que dure une représentation où le temps passe parfois au compte-gouttes à force d’adhérer au rythme fastidieux des tâches qu’accomplissent les protagonistes. Quatre-vingt-dix minutes éprouvantes, et bouleversantes, qui placent le public face à face avec le réel. Ce réel âpre et laborieux ne triche pas avec la brutalité du contexte : Esther, Louisa, Suzanne et Philippe triment chaque nuit dans une boucherie industrielle. Engagés pour deux semaines, les quatre intérimaires rangent, récurent, nettoient le sol, les murs et les machines. Leurs pauses sont chronométrées et leurs corps fatigués, leur moral fluctue au gré des excès de zèle de Nassim, leur contremaître.

Sur un plateau éclairé par la lueur des néons, les arrière-salles de la boucherie sont reconstituées avec un sens méticuleux du détail. Portes battantes pour laisser entrer les engins, rideau plastifié qui ouvre vers des coulisses blafardes, étagères métalliques surchargées de produits d’entretien, distributeur de boissons payantes posé sur un réfrigérateur : la poésie n’est pas de ce monde.

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