Avant la mobilisation interprofessionnelle nationale du jeudi 5 novembre, à laquelle les organisations de jeunesse veulent participer, plusieurs universités vont rester fermées et des lycées bloqués mardi 3 novembre, décidés à « ne rien lâcher » face aux annonces du gouvernement, jugées insuffisantes.
A Paris, la faculté de Dauphine-PSL prévoit ainsi de rester portes closes jusqu’à jeudi inclus, a annoncé mardi sur RTL son président, Bruno Bouchard. « On espère pouvoir rouvrir dans de bonnes conditions vendredi », souligne celui pour qui « la continuité pédagogique » reste la « priorité ». Fermée depuis lundi, l’université Sorbonne-Nouvelle annonce elle aussi la fermeture du campus Nation toute la journée.
« Il faut continuer à montrer, notamment à Matignon, que les facs sont toujours mobilisées, que ça ne s’arrêtera pas si facilement, et qu’il faut maintenant répondre avec du concret », affirme à l’Agence France-Presse (AFP) Suzanne Nijdam, présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), la première organisation à l’échelle nationale.
Un appel national au blocage a été lancé par les associations étudiantes, et lundi, au retour des vacances de la Toussaint, sans mot d’ordre, environ 15 % des établissements de l’enseignement supérieur ont de nouveau connu « des perturbations », selon le gouvernement. Du côté des lycées, la mobilisation a également repris avec des blocages devant les établissements.
A Rennes, dès 7 h 30, le ton est monté entre une administratrice et une trentaine d’élèves qui ont essayé, comme la veille, de bloquer le lycée Bréquigny, le plus grand de Bretagne.A 8 heures, après un rapide passage de la police, l’entrée a été bloquée par les élèves, a également constaté l’AFP.
Un « premier pas » insuffisant
« Ce serait difficile d’être contre eux », confie Raphaël Gironimi, professeur de mathématiques et membre du SNES-FSU, syndicat majoritaire dans le second degré, qui patiente devant le lycée Toulouse-Lautrec (à Toulouse) avec les élèves. « Ici, c’est 35 élèves par classe presque partout et un bâtiment adapté ni aux fortes chaleurs, ni au grand froid », explique-t-il.
Fait plus rare, le lycée Louis Le Grand, en plein centre de Paris (5e arrondissement), était bloqué par des bennes disposées devant l’entrée, selon différents médias présents. Au lycée Balzac (17e arrondissement), la direction a fait entrer les élèves par une porte annexe et la police était sur place ce matin, a fait savoir une association de parents d’élèves.
Pour tenter d’éteindre la colère des jeunes, après plus d’un mois de blocus, le gouvernement a annoncé la semaine dernière une série de mesures. Parmi elles, figure notamment le remplacement progressif d’ici 2028 de Parcoursup, qui cristallise une grande partie des revendications.
Les ministres de l’éducation et de l’enseignement supérieur ont également promis l’annulation des suppressions de postes prévues dans l’éducation nationale, la création de 500 postes supplémentaires, un plafonnement à 28 élèves par classe de seconde, ainsi que 15 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur.
Selon Matignon, le premier ministre Sébastien Lecornu a également demandé à Edouard Geffray, ministre de l’éducation nationale, de veiller à ce qu’une réponse soit apportée aux 200 lycées les plus en difficulté recensés sur la plateforme de concertation. Un « premier pas » jugé insuffisant par les organisations de jeunesse.
D’autres mesures comme le chantier du contrôle continu, « nécessitent un travail de fond d’ici la fin du mois de décembre », a plaidé lundi M. Geffray.
Le centre de Paris toujours interdit
L’intersyndicale regroupant l’USL, l’UNEF, la FAGE et l’Union étudiante, qui réclament toujours l’abrogation pure et simple de Parcoursup, compte se joindre jeudi à la journée de mobilisation pour le pouvoir d’achat qui, pour la première fois depuis la rentrée, doit réunir salariés du privé, fonctionnaires et retraités.
Le parcours parisien de cette manifestation – également soutenu par des personnes se revendiquant « gilets jaunes » – devant se rendre de la place de la Bastille à celle de la Concorde, et donc traverser le centre de la capitale, n’a pas encore été validé par les autorités. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, avait demandé lundi une réponse de la Préfecture de police, estimant qu’une manifestation « doit se voir » et « ne pas se cacher », rappelant le « besoin d’avoir les parcours à l’avance pour pouvoir les sécuriser, notamment avec la mairie de Paris ».
Depuis les violences et les pillages du 17 octobre, la préfecture de police a refusé aux manifestants de déambuler ces deux derniers samedis au cœur de la capitale, n’autorisant que des parcours alternatifs en lisière de la ville.
Le collectif Interfac Ile-de-France, qui voulait manifester mardi entre le Panthéon (5e arrondissement) et le siège du Medef (7e arrondissement), s’est ainsi vu mettre un veto par la préfecture et proposer un parcours en périphérie, ce qu’il entend contester en justice. Les autorités attendent entre 15 000 et 30 000 manifestants dans la capitale ce mardi.