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Cafards, surpopulation de 191 %, insécurité… un rapport alerte sur les « conditions de détention indignes » à la prison de Bordeaux-Gradignan

Cafards, surpopulation de 191 %, insécurité… un rapport alerte sur les « conditions de détention indignes » à la prison de Bordeaux-Gradignan

Insalubrité, suroccupation, manque de surveillants et « insécurité généralisée » : la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) alerte, vendredi 5 juin, sur les conditions « gravement dégradées » au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan.

Dans cette prison de 633 places, 1 188 personnes étaient détenues en mars, soit un taux de surpopulation de 191 %, quand la moyenne nationale s’établit à 139 % – son nouveau record battu au 1er avril. L’établissement ne raisonne plus « en capacité d’accueil » mais « en matelas au sol », relève dans un rapport publié vendredi la Contrôleure, Dominique Simonnot.

Elle établit des « recommandations en urgence », qui font suite à une première alerte en 2022 et à une ordonnance du tribunal administratif de Bordeaux de la même année, qui enjoignait déjà à l’administration pénitentiaire de prendre des mesures « urgentes » au regard de « conditions de détention indignes ». Sollicitée par l’Agence France-Presse (AFP), l’administration pénitentiaire n’a pas réagi.

25 % des effectifs de surveillants absents

Depuis ce premier constat, la livraison en 2024 d’une première tranche de 275 places d’un nouveau bâtiment, « aussitôt suroccupé », n’a « nullement amélioré les conditions de vie des personnes détenues ». Pire, le bâtiment historique, datant de 1967, reste « en service malgré son indignité manifeste », déplore la CGLPL.

« Des cafards circulent partout s’infiltrant dans les réfrigérateurs et les affaires des détenus », certains détenus « n’osent plus aller aux douches y redoutant des incidents, des bagarres et l’absence totale d’intimité », déclare-t-elle encore. D’autant que 25 % des effectifs de surveillants sont absents (postes vacants ou arrêts maladie), ce qui a des conséquences sur les activités, les parloirs ou les entretiens avec le service d’insertion et de probation, mais aussi l’accès aux soins, souligne Mme Simonnot.

Dans l’ancien bâtiment, la « promiscuité et le manque d’activité » ont causé une hausse de 96 % des violences entre détenus, entre 2023 et 2025. « L’insécurité est généralisée et insuffisamment maîtrisée », résume-t-elle.

Système pénitentiaire au bord de l’explosion

« Dans l’ancien bâtiment, vous avez cinq étages avec en théorie deux surveillants par étage, mais quand le matin il manque cinq ou six personnes, on doit se débrouiller avec les moyens qu’on a », confirme Hubert Gratraud, délégué syndical FO-Pénitentiaire à Gradignan.

Dans les cellules surpeuplées, l’espace individuel varie de 0,9 m2 à 1,4 m2, selon le rapport. En période de canicule, « à trois personnes dans une cellule, c’est une cocotte-minute », renchérit le syndicaliste, pessimiste pour l’avenir.

Le nouveau centre pénitentiaire de Gradignan sera terminé en fin d’année, pour un transfert de tous les détenus d’ici à mars. Mais il se fera « à effectifs constants » et les cellules « seront tout aussi surpeuplées », pointe M. Gratraud. « Si tous les personnels étaient effectivement là, ça irait, mais ce n’est pas le cas et on voit bien qu’on n’arrive pas à recruter ».

En France, surveillants comme directeurs de prison alertent depuis des mois sur un système pénitentiaire au bord de l’explosion. Environ 22 % des établissements ont été touchés par un mouvement de grève fin avril.

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