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« Comme si j’étais une criminelle » : interpellés devant leurs lycées, des élèves racontent leur première garde à vue

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Leïla est sortie de garde à vue sans poursuite judiciaire, mais avec l’obligation de suivre un stage de citoyenneté. « Pour justement avoir exercé mon droit de manifester, c’est quand même drôle. » C’était dix jours avant la mobilisation nationale du samedi 17 octobre, émaillée de violences et de pillages dans de nombreuses villes.

Lorsqu’on la rencontre à Versailles, au début du mois, la lycéenne de 17 ans vient de passer une nuit en cellule, partagée avec une pickpocket de 13 ans. Et puisque la parole lui est « enfin » donnée, Leïla la prend avec toute la fougue de l’adolescence, elle qui n’a « jamais eu la langue dans [sa] bouche », comme elle le dit.

Avec Nino et Inès, Leïla fait partie des près de 7 000 mineurs interpellés depuis le début du mouvement lycéen lancé fin septembre (sur environ 8 000 interpellations au total). Les trois adolescents ont accepté de raconter au Monde ce moment particulier de leur jeune vie citoyenne, décrivant leurs revendications autant que les conditions de leur interpellation, mais aussi leurs espoirs, leurs inquiétudes, leur nouveau rapport aux institutions – notamment policière – et à la contestation. Chacun a convié mère ou père à la discussion, pour un regard croisé empreint d’ambivalence, leurs parents oscillant entre craintes pour leur enfant et fierté de le voir s’engager pour une cause que tous jugent « juste » et « légitime ».

« Mais ils ne le font pas toujours de la meilleure manière », soupire Nora, la mère de Leïla. Toutes deux ont choisi des prénoms d’emprunt, inquiètes des conséquences que pourrait avoir leur parole sur l’avenir de la lycéenne. Pour la même raison, les autres ont préféré ne pas donner leur nom de famille. « La crédibilité de votre action réside dans la façon dont vous la menez », reprend Nora. « Mais attends, maman, même quand on est pacifiques, [les policiers] nous chargent et nous balancent des lacrymos ! », s’insurge sa fille.

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