L’interruption, samedi 18 juillet, d’un concert de la DJ Barbara Butch à Grenoble, par des militants propalestiniens et « insoumis » a poussé les adversaires de La France insoumise (LFI) à vivement critiquer, lundi, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, déjà accusé d’ambiguïté sur la question de l’antisémitisme.
Les militants reprochent à l’artiste de 45 ans, juive, la signature d’une tribune en soutien à la contestée proposition de loi Yadan visant à « lutter contre les nouvelles formes d’antisémitisme », retirée en tant que telle le 16 avril.
La DJ, figure des nuits parisiennes LGBT+, faisait l’objet d’un appel au boycott de la part de militants propalestiniens et d’« insoumis » à Grenoble, où elle devait donner un concert dans le cadre d’un festival organisé par la ville.
Un tract la qualifiant de « soutien aux génocidaires » avait même été distribué par des militants « insoumis » isérois, représentant Barbara Butch mixant devant un drapeau LGBT+ avec une étoile de David (le drapeau de la Marche des fiertés de Tel-Aviv, en Israël), ici représenté avec des éclaboussures de sang. Cet appel au boycott n’avait pas été relayé par les figures nationales de La France insoumise.
« On est extrêmement fiers d’avoir participé »
« J’ai signé une tribune, je n’aurais pas dû le faire », avait dit Barbara Butch auprès de France 24 en mai, en rappelant être victime d’antisémitisme depuis l’enfance.
La proposition de loi Yadan entendait élargir le délit d’apologie du terrorisme. Elle avait été très critiquée, ses opposants y voyant un risque pour la liberté d’expression et un possible amalgame dangereux entre les Français juifs et Israël.
Samedi soir, au bout d’une vingtaine de minutes, la mairie a pris la décision de suspendre le concert « afin de garantir la sécurité du public [et] des équipes ». Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent des personnes agitant des drapeaux de la Palestine, brandissant des doigts d’honneur et faisant retentir des sifflets alors que l’artiste est sur scène.
« On est extrêmement fiers d’avoir participé à cette manifestation pacifique », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Allan Brunon, élu de LFI à la mairie de Grenoble, tout en niant qu’il y ait eu des projectiles lancés sur l’artiste. La mairie a bien fait état de « jets de bouteilles en verre » et autres projectiles « visant délibérément la scène » lors du passage de la DJ.
Selon le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Yonathan Arfi, « LFI et ces activistes propalestiniens radicaux (…) instrumentalisent la cause palestinienne pour terroriser le monde de la culture et faire une chasse aux artistes juifs ou engagés contre l’antisémitisme ». Pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, « la culture n’est pas une fin, c’est un moyen. L’objectif est simple : soumettre les artistes et la culture à l’agenda politique de LFI », a-t-il accusé dans un message sur X.
« Cible régulière d’attaques violentes, sexistes et antisémites »
« L’antisémitisme de LFI est tout sauf résiduel », a tonné l’ancien premier ministre Gabriel Attal, en référence à la formule de Jean-Luc Mélenchon, qui avait affirmé que « l’antisémitisme reste résiduel en France », s’attirant alors de nombreuses critiques. Autre candidate à l’élection présidentielle, la cheffe de file de l’extrême droite, Marine Le Pen, a dénoncé « l’antisémitisme de l’extrême gauche, sa violence récurrente, sa nature et son projet totalitaires ».
La France insoumise a aussi été critiquée à gauche. « LFI ne sert pas la cause palestinienne. Ces méthodes n’aident en rien les Palestiniens et desservent les militants sincères », a estimé le patron du Parti socialiste, Olivier Faure.
« N’a-t-on pas plutôt des représentants politiques qui défendent la loi Yadan à interpeller fortement avant de s’en prendre à Barbara Butch ? », a taclé Clémentine Autain. D’autant que cette artiste est « une femme engagée dans le combat LGBTQI+ et contre la grossophobie, cible régulière d’attaques violentes, sexistes et antisémites », a ajouté la députée, ex-« insoumise ».
« Elle a décidé de prendre une position politique et je peux comprendre que cette position politique puisse générer une protestation », si « cette protestation est pacifique », a réagi sur Franceinfo le coordinateur de LFI, Manuel Bompard.
Barbara Butch avait reçu le soutien des « insoumis » après sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, en 2024, quand elle avait été victime d’une vague de cyberharcèlement de la part de l’extrême droite.