Le phénomène est connu des scientifiques : peu après l’accouchement, le cerveau des femmes subit d’importantes mutations dans la matière grise et blanche, cette plasticité cérébrale ayant pour objet d’assurer l’attachement au bébé. Dans Hysteria, la dernière bande dessinée d’Elizabeth Holleville, l’un de ses personnages, qui vient de donner la vie, donne l’impression d’être sur une autre planète. Elle ne se souvient plus du surnom qu’elle donnait jusque-là à sa meilleure amie, et surtout, elle qui avait longtemps été réticente à la maternité, semble avoir tout oublié de ses doutes passés.
Cette scène est des plus banales. Mais à force de l’avoir observée, l’autrice de bande dessinée, âgée de 38 ans, a fini par s’interroger. « Beaucoup de mes copines, qui avaient dit qu’elles ne voudraient jamais d’enfant, en voulaient dès lors qu’elles avaient passé la trentaine, constate-t-elle lorsqu’on la rencontre, à la mi-septembre, à Paris. Je me suis amusée à me demander si ce n’était pas l’horloge biologique, mais plutôt quelque chose d’ancestral qui avait pris le contrôle de leur corps… Pour certains parents, avoir des enfants, c’est comme prolonger leur propre vie. D’ailleurs, ils en parlent comme s’ils étaient des extensions d’eux-mêmes. »
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