En Ukraine, en temps de guerre, ceux qui partent, ceux qui restent : la vie suspendue à Sloviansk et Kramatorsk
Les affaires ont été rassemblées dans la cour en béton de la petite maison, quelques heures avant le départ. Des armoires, des canapés, des tables, des chaises et une cage à perroquet s’entassent sous le regard des voisins venus prêter main-forte. Au milieu des meubles, Artyom, 7 ans, court encore comme s’il s’agissait d’un jeu. Il est un peu plus de 6 h 30 du matin, vendredi 12 juin. La chaleur humide et lourde des étés du Donbass n’a pas encore envahi la ville de Sloviansk, le déménagement peut enfin commencer.
Douze jours plus tôt, dans la nuit du 31 mai, un bombardement a éventré la maison familiale. Natalia Bredikhina, 29 ans, se souvient encore de l’explosion, du choc, puis des secouristes et des soldats venus l’extraire des décombres, avec son fils et sa mère. « C’était l’horreur », résume-t-elle. Depuis, son petit garçon souffre d’une commotion cérébrale provoquée par la violence de l’impact.
Impossible, désormais, de rester à Sloviansk. La famille prend la route de Kryvy Rih, dans le sud du pays, à des centaines de kilomètres de là, où vivent des proches. Au moment des adieux, personne ne s’attarde vraiment sur la maison détruite et recouverte d’une bâche. Entassés dans le minibus du déménagement organisé par une ONG ukrainienne, tous évitent de la regarder. Partir exige déjà assez de courage.
Il vous reste 85.65% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.