La mezzo-soprano Coline Dutilleul fait briller les étoiles dans le ciel noir de Schubert
« Mon existence oscille entre ombre et lumière », résume Coline Dutilleul, dès l’amorce du livret d’un disque qu’elle a conçu, à 40 ans, comme un partage d’espoir avec les êtres qui souffrent. Dans cet album, dont elle a imaginé jusqu’au titre allemand (traduisible en français par « dans tes douces mains. Musique pour les âmes égarées »), la mezzo-soprano belge a rassemblé une douzaine de lieder de Franz Schubert (1797-1828) sur le thème de la mort et les a « éclairés », de loin en loin, par des pièces pour clavier de Jean-Sébastien Bach (1685-1750).
Totalement investie dans cette somme spirituelle, l’artiste fait plus qu’y prêter sa voix à « des âmes solitaires, errantes, souvent blessées par l’amour, le temps ou l’impossibilité d’un avenir apaisé ». Elle s’expose avec elles, elle se pose en elles. Le piano ouvre une piste, la voix s’y engage. Le chant témoigne d’une vie. Celle de l’instant dont les mots font écho et celle du parcours dont les strophes balisent la progression. Coline Dutilleul enrichit l’une et l’autre par un vécu personnel.
L’enchaînement des lieder est édifiant. Les thèmes des poèmes se suivent, comme les tonalités des partitions, avec la pertinence d’une partie de dominos conduisant de la vie passée (Die Götter Griechenlands, « les dieux de la Grèce », en ouverture du programme) à la mort imminente (Abschied von der Erde, « adieu à la terre », en conclusion du récital). Abendstern (« étoile du soir ») brille par des qualités humaines, de grandeur (proclamation assumée) et d’intériorité (confidence au souffle perceptible).
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