Lee Chang-dong, cinéaste sud-coréen : « Les gens vivent avec un sentiment de vide. C’est pour ça qu’il y a une colère qui s’exprime »
Huit ans après Burning, chef-d’œuvre délicat sur une société inégalitaire en pleine quête existentielle, le cinéaste sud-coréen Lee Chang-dong ajoute, à 72 ans, une nouvelle œuvre majeure à sa filmographie avec Possible Love. Le long-métrage, Grand Prix du jury à la 83e Mostra de Venise, en septembre, est disponible à compter du vendredi 6 novembre sur Netflix. Il met en scène une documentariste d’un milieu aisé déterminée à réaliser un film sur des ouvriers licenciés dont la grève a été sévèrement réprimée par l’Etat, laissant certains travailleurs profondément traumatisés. Rencontré à Lyon, en marge du Festival Lumière, Lee Chang-dong revient sur la genèse du projet.
Vous travailliez déjà sur le scénario de « Possible Love » avant même la sortie de « Burning ». Qu’est-ce qui vous a poussé à mener à bien ce projet ?
Il y a une quinzaine d’années, une grande entreprise sud-coréenne avait licencié pratiquement 40 % de ses effectifs, soit plus de 2 000 personnes. Ces travailleurs se sont mis en grève pendant 70 jours. S’en est suivie une répression très violente qui a provoqué une onde de choc dans tout le pays. J’ai voulu, à l’époque, faire un film sur ce moment décisif où l’on se rend compte que les droits des travailleurs et leurs vies ne valent pas grand-chose face au profit et à la loi du marché. On sentait vraiment chez eux une forme de désespoir. D’autant plus qu’ils se rendaient compte que la population n’était pas vraiment de leur côté. Une trentaine de personnes se sont donné la mort ou sont mortes victimes du stress.
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