Les Européens doivent accentuer leur soutien à l’Ukraine
La précieuse indépendance de l’Ukraine, dont le 35e anniversaire a été marqué, lundi 24 août, par la venue à Kiev de nombreux responsables européens, a plus que jamais le goût du sang. La campagne de terreur menée par la Russie, avec ses frappes aériennes d’une intensité inégalée depuis 2023 contre les civils, dévaste les villes du pays et ronge le moral de la population. L’Ukraine a elle aussi intensifié ses bombardements sur l’arrière du front, menant en Russie, contre ses infrastructures énergétiques et logistiques, d’efficaces opérations.
Mais, pour capitaliser sur son exceptionnelle résilience, technologique et humaine, et pouvoir espérer enfin apercevoir une issue à cette guerre, Kiev manque de défenses aériennes, son talon d’Achille depuis quatre ans et demi. Le président, Volodymyr Zelensky, réclame 300 batteries américaines Patriot, les seules armes défensives capables de contrer les missiles balistiques russes. Si les Etats-Unis cèdent à l’Ukraine 5 % de leur production (estimée à 600 Patriot par an), « nous passerons l’hiver et sauverons des vies », déclarait-il le 13 août. Mais Washington, en 2025, lui en a livré moitié moins qu’en 2023. Et Donald Trump a encore témoigné de la plus grande inconstance, promettant début juillet d’accorder à Kiev une licence pour produire des Patriot, avant de se rétracter à la fin du mois.
Les Européens, principaux soutiens de l’Ukraine aujourd’hui, ne doivent donc pas fléchir. Ils ne sont pas arrivés à Kiev lundi les mains vides. L’Union a débloqué une nouvelle tranche d’aide de 6,1 milliards d’euros, dans le cadre du prêt de 90 milliards (dont 60 milliards de fournitures militaires) adopté par les Vingt-Sept. Paris annonce de nouveaux systèmes antimissiles. Berlin va livrer une partie de ses intercepteurs Patriot. La Norvège a confirmé son engagement substantiel, près de 8 milliards d’euros, pour 2027. Londres, dont l’effort depuis l’invasion russe du début 2022 atteint 29 milliards d’euros, a promis de faciliter l’assemblage en Ukraine de missiles de longue portée en levant le secret industriel sur leurs composants. « L’Ukraine est la ligne de front qui protège l’Europe », a justifié le nouveau premier ministre britannique, Andy Burnham.
L’appui demeure « indéfectible », « inébranlable », ont répété les uns et les autres. S’ils veulent préserver la paix de leur continent, les valeurs de leurs démocraties et leur prospérité future, les Européens n’ont pas d’autre choix que de continuer à soutenir l’Ukraine et son président chef de guerre, même si Volodymyr Zelensky se trouve fragilisé sur le plan politique et attaqué sur le terrain de la corruption.
L’engagement européen doit même s’accélérer, pour ne plus laisser à Vladimir Poutine la latitude de jouer de l’usure du temps qui passe. D’une part, Moscou teste de plus en plus directement les membres européens de l’OTAN sur le plan militaire, des survols de drones aux cyberattaques d’infrastructures, et la réponse européenne, qui cherche à éviter toute escalade, va s’en trouver compliquée. D’autre part, les démocraties du continent ne sont pas à l’abri d’une lassitude de leurs opinions, voire d’un retournement. En France, la guerre figure déjà en queue des préoccupations des citoyens, et ce sujet, essentiel, pourrait se trouver simplement escamoté pendant la campagne pour l’élection présidentielle.