L’islamologue François Burgat a été reconnu coupable mercredi 27 mai « d’apologie du terrorisme » et condamné en appel à 5 000 euros d’amende pour des « publications » en ligne en janvier 2024 concernant le Hamas, après les attaques du mouvement palestinien contre Israël et en pleine guerre à Gaza.
Il y a un an, dans cette même affaire, ce spécialiste de l’islam et ancien directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) avait été relaxé par le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence. Mercredi, toutefois, la cour d’appel d’Aix a déclaré M. Burgat « coupable des faits d’apologie publique d’actes de terrorisme commis au moyen d’un service de communication au public en ligne » pour des publications en janvier 2024.
M. Burgat, qui peut encore intenter un pourvoi en cassation, est condamné à 5 000 euros d’amende et à une peine complémentaire d’inéligibilité pour une durée de trois ans. La cour refuse toutefois son inscription au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes.
« Campagne de haine »
M. Burgat avait retweeté sur X un communiqué du Hamas qui répondait alors à un article du quotidien américain New York Times sur des viols et violences sexuelles commis lors des attaques du 7 octobre 2023. Dans un autre tweet, il disait avoir « infiniment plus de respect et de considération » pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’Etat d’Israël.
Mercredi, la cour d’appel a aussi confirmé le jugement en première instance relaxant M. Burgat des faits d’apologie pour une publication sur X en décembre 2024 : il y commentait des condamnations judiciaires visant deux initiateurs d’une « campagne de haine » en ligne ayant précédé l’assassinat du professeur Samuel Paty.
M. Burgat est condamné à verser 1 500 euros à titre de dommages et intérêts à la Licra, à l’Organisation juive européenne et à Avocats sans frontières. Ces associations recevront également chacune 2 500 euros en compensation des frais de procédure.
« La réponse judiciaire me déçoit énormément » a réagi auprès de l’Agence France-Presse (AFP) l’avocat de la Licra, Serge Tavitian, évoquant notamment le volet Paty. « Je pense que, de manière générale, on ne tient pas assez compte du poids des mots. Et on ne tient pas assez compte du fait que les mots tuent », dit-il encore. « Il y a dix ans, François Burgat était auditionné par l’Assemblée nationale pour son expertise sur les questions de terrorisme. Une décennie plus tard, il est condamné pour “apologie du terrorisme”. Ce n’est pas son discours qui a changé. C’est le regard que la société porte sur lui », a déploré sur X, Me Rafik Chekkat, un conseil de M. Burgat.