L’Ukraine fait évoluer la guerre à son profit
L’accord de paix conclu entre Donald Trump et le régime iranien ne lève pas seulement, au moins provisoirement, une hypothèque lourde de menaces pour le Moyen-Orient et pour l’économie mondiale. Il permet aussi à l’Ukraine de revenir en tête des priorités de la diplomatie.
Le sommet du G7 organisé par la France, qui s’est achevé mercredi 17 juin à Evian, en Haute-Savoie, en a témoigné, comme le Conseil européen qui s’est tenu à Bruxelles, le 18 juin. Sur les bords du lac Léman, ragaillardi par cet accord dont le contenu n’est pas à l’avantage des Etats-Unis mais lui permet d’espérer s’extraire d’un bourbier, le locataire de la Maison Blanche a prêté une oreille plus attentive aux arguments des alliés occidentaux de Kiev, comme à ceux de l’infatigable président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
Comme à son habitude, Vladimir Poutine avait pris soin de s’entretenir au préalable avec son homologue américain, dans le but manifeste d’affaiblir préventivement les plaidoyers pour l’Ukraine qu’il allait entendre. Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a invariablement privilégié le récit russe de cette guerre, se refusant ainsi à désigner Moscou comme l’agresseur. Autre signe de cette position biaisée, les émissaires personnels du président des Etats-Unis, Steve Witkoff et Jared Kushner, n’ont jamais fait le déplacement à Kiev, alors qu’ils ont partagé d’interminables tête-à-tête avec le maître du Kremlin.
L’issue esquissée à la guerre impopulaire contre l’Iran, qui plaçait le Parti républicain dans une position intenable avant les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, en novembre, n’est pas la seule explication à l’attention portée au dossier ukrainien par Donald Trump à Evian. L’amélioration de la situation sur le champ de bataille pour l’armée ukrainienne modifie également la perspective d’une défaite inéluctable qu’une aide occidentale ne ferait au mieux que retarder. Tour à tour, les villes de Saint-Pétersbourg et de Moscou ont été la cible d’attaques massives ukrainiennes. Pilonné sans relâche depuis des années par la Russie, Kiev fait désormais la preuve de sa capacité de frapper également en profondeur le territoire russe.
La « remobilisation » du camp occidental à Evian, selon la formule du président français, Emmanuel Macron, qui s’est démené pour y parvenir, s’est traduite par l’engagement d’aider l’Ukraine à produire des missiles à longue portée et des systèmes de défense antiaérienne. Pour permettre à Kiev de se défendre et rendre la guerre encore plus coûteuse pour Vladimir Poutine.
L’arrêt de la guerre contre l’Iran peut redonner par ailleurs des marges de manœuvre concernant les stocks d’armement. La protection des pays du Golfe alliés de Washington a absorbé une partie des réserves américaines. De même, la réouverture annoncée du détroit d’Ormuz doit permettre à Washington de rétablir les sanctions visant le pétrole russe. Ces dernières avaient été suspendues, au grand dam de l’Ukraine et de ses alliés européens, pour tenter d’enrayer la hausse vertigineuse des cours des hydrocarbures. Le retour de ces sanctions va peser sur un budget russe déjà en tension.
Donald Trump a souvent déçu par le passé en revenant sur ses positions initiales après des ouvertures encourageantes en direction de Kiev. Il faut donc espérer qu’il reste pour une fois fidèle au message convoyé par le sommet du G7. Le courage et désormais la force manifestés par les Ukrainiens l’exigent.