Manifestation du 17 octobre : Laurent Nuñez prévoit 250 rassemblements ; l’usage des grenades assourdissantes autorisé
Laurent Nuñez a dit s’attendre « à une mobilisation assez importante », samedi 17 octobre, avec 250 rassemblements et 80 cortèges prévus lors de la journée d’actions « contre la vie chère », a déclaré le ministre de l’intérieur sur France 2, vendredi 16 octobre. « Ce matin, on a un peu plus d’une quarantaine de déclarations » en préfecture, a-t-il précisé.
Depuis des semaines, des appels à ressortir, le 17 octobre, les gilets jaunes emblématiques des années 2018-2019 circulaient sur les réseaux sociaux, mais ils ont enflé ces derniers jours, nourris par la colère des lycéens.
En cas de blocage − mode d’action utilisé dans le mouvement lycéen −, « s’il devait y en avoir qui viendraient perturber la circulation, l’accès à des actes structurants, évidemment que les instructions que j’ai données aux préfets sont de débloquer », ajoutant que, dans les grandes villes, « l’ultragauche, très souvent en fin de cortège, provoque des dégradations et essaie de faire dégénérer ces manifestations ».
Interrogé sur l’usage des grenades assourdissantes, dont le ministre a suspendu à titre conservatoire l’usage du modèle baptisé EF-SON dans le cadre du mouvement lycéen après que la main d’un lycéen de 15 ans a été arrachée à Lens, Laurent Nuñez déclare que « demain (…), ce type d’armement peut être utilisé. Les instructions que j’ai passées sont très claires : les policiers et les gendarmes doivent pouvoir utiliser l’ensemble des armes intermédiaires à leur disposition. De la grenade lacrymogène au lanceur de balles de défense ».
Trente-six enquêtes ont été ouvertes par l’inspection générale de la police nationale, dont quatre pour des « blessures mutilantes », pour des faits présumés commis sur des manifestants depuis le début du mouvement.
« La colère est profonde »
Quant à la plainte du syndicat de police Alliance « contre l’Etat pour mise en danger de la vie d’autrui », dénonçant les « injonctions contradictoires » faites aux policiers, plainte annoncée mercredi, M. Nuñez, assure avoir « procédé à un ferme rappel à l’ordre nécessaire » après qu’« il [lui a été] remonté que certaines consignes ont pu être passées de ne pas utiliser certains types d’armement. (…) Il est hors de question de bannir un type d’arme intermédiaire ».
Les revendications multiples de cette journée de mobilisation, qui fédère « gilets jaunes », agriculteurs ou encore chauffeurs de VTC, « rejoignent » celles de la jeunesse, a estimé la numéro un de la CGT, Sophie Binet, vendredi, sur France Inter, contestant tout essoufflement du mouvement des lycéens avancé par le gouvernement. « Ce que nous constatons sur le terrain, c’est à quel point la colère est profonde » et « s’élargit aux étudiants et étudiantes, à des écoles privées, extrêmement prestigieuses », a-t-elle observé.
« Si le gouvernement pense s’en sortir avec des annonces cosmétiques ou en jouant la montre, il se met le doit dans l’œil jusqu’au coude profond », a-t-elle ajouté, appelant l’exécutif à supprimer Parcoursup, une des revendications de la mobilisation lycéenne, et à « changer en profondeur ce projet de budget ».
Le ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, a de nouveau échangé avec les organisations lycéennes jeudi soir, pour la troisième fois depuis le début du mouvement. Aucune avancée notable n’a été réalisée. « Nous avons quitté la réunion [au bout d’une heure] parce que nous n’étions pas écoutés et on nous annonce une nouvelle réunion lundi à laquelle nous ne nous rendrons pas », a expliqué Marius Mesnil, cosecrétaire général de l’Union syndicale lycéenne, qui a également annoncé vouloir désormais échanger directement avec Matignon, plutôt qu’avec le ministère de l’éducation nationale. Les organisations espéraient des annonces concrètes sur les problèmes de bâti scolaire, Parcoursup et les emplois du temps, au cœur de leur mécontentement.
Au lendemain de l’intervention de policiers en civil dans l’enceinte du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis, un des épicentres du mouvement lycéen, pour interpeller un élève, Eric Coquerel, député de la Seine-Saint-Denis (La France insoumise, LFI), a dénoncé vendredi sur RMC « un gouvernement qui repart sur une stratégie de tension pour essayer de pourrir le mouvement » et « l’utilisation de la police pour juguler un mouvement social ».
L’élu LFI a rappelé le nombre important de gardes à vue en un mois, quelque 8 000 dont 6 700 mineurs. En comparaison, lors du premier mois de mobilisation des « gilets jaunes », 4 000 personnes avaient été placées en garde à vue. Et dans les émeutes consécutives à la mort de Nahel, tué par un policier en 2023, 3 700 personnes l’avaient été, dont plus de 1 000 mineurs.