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Mariages d’argent et de raison, destin des femmes dans la littérature classique

· Culture

Emile Zola aimait dire que son œuvre n’aurait pas été possible avant 1889, car jamais l’argent ne fit autant régner sa loi qu’au XIXe siècle. Dans ce nouveau monde de banquiers, d’usuriers et de parvenus, il devient un objet littéraire capital : moteur des destinées et révélateur des âmes. Mais dans cette littérature de l’argent triomphant, celles dont le destin entier est suspendu à un héritage ou à un mariage restent dans l’ombre. La fortune circule toujours par elles et rarement pour elles. C’est ce paradoxe que Jane Austen (1775-1817), Edith Wharton (1862-1937), Virginia Woolf (1882-1941) et, plus près de nous, Taffy Brodesser-Akner (née en 1975) vont décrypter avec une acuité que les hommes, confortablement installés du bon côté du grand partage, n’ont aucune raison d’exercer.

A une époque où les lois de la gentry anglaise entravaient l’accès des femmes au pouvoir financier, l’argent ne pouvait que susciter des sentiments ambivalents, d’angoisse ou de fascination. Victime des déboires testamentaires de sa famille et de la faillite de son frère banquier, Jane Austen développe très tôt une obsession pour l’argent qui devient un thème central de ses romans. L’autrice a reçu une éducation conforme aux attentes sociales de cette petite bourgeoisie cultivée, mais sans titres qui gravite autour de la noblesse foncière sans en faire vraiment partie. Elle sait ce que signifie dépendre du bon vouloir d’un système successoral qui exclut les femmes.

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