Le président de Renaissance, Gabriel Attal, a décliné vendredi 12 juin dans Le Figaro toute une série de propositions pour faire face aux atteintes aux mineurs, comme le fichage des pédocriminels, en réaction à la tragédie dont la jeune Lyhanna a été victime.
Candidat à la présidentielle, l’ancien premier ministre reconnaît dans le quotidien que « ce qui a manqué, c’est une vraie réforme de notre système judiciaire ». Contrairement au président de la République, Emmanuel Macron, M. Attal dénonce un « problème de moyens », même s’il souligne que des efforts ont été faits ces dernières années, avec une augmentation du budget de la justice de 50 % depuis la fin du quinquennat de François Hollande. « Ce n’est évidemment pas suffisant », affirme-t-il. Il propose un objectif de 3 000 nouveaux recrutements de magistrats et greffiers, qui devra être enclenché dès 2027.
« Mais les moyens ne font pas tout : le système est aujourd’hui archaïque et dépassé. (…) Il faut tout revoir, du sol au plafond. », ajoute l’ancien premier ministre. Et de préciser sa philosophie : « Il n’y a pas de “en même temps” possible sur les questions de sécurité et de justice. » Il se dit favorable à l’instauration d’une « culture de l’urgence » face aux violences visant les mineurs : « Chaque fois qu’une plainte est déposée pour une agression sexuelle ou un viol sur mineur, je souhaite qu’une action soit engagée en moins de quarante-huit heures et que l’enquête se déroule en moins de trois mois », a-t-il expliqué.
Fin du « pas de vagues dans la justice »
M. Attal milite aussi pour la création d’un parquet national dédié à la pédocriminalité, assorti d’un « service de renseignement » spécialisé, pour « remonter les filières » et « aligner le traitement des pédocriminels sur celui des terroristes ». L’ancien locataire de Matignon se dit favorable au fichage des pédocriminels, « sur le modèle des fichés S », suivant une proposition du député Les Républicains Antoine Vermorel-Marques. « L’objectif est clair, plus un seul recrutement à l’aveugle pour nos enfants », martèle-t-il.
Autres propositions du candidat : l’alourdissement des peines – avec notamment l’alignement de celles encourues pour les viols sur mineurs sur celles encourues pour le meurtre –, l’imprescriptibilité des crimes sur mineurs, de la prison ferme automatiquement encourue pour ces crimes, la suppression du juge d’application des peines et des aménagements automatiques de peines. M. Attal veut aussi « mettre de l’IA [intelligence artificielle] à tous les étages » pour désengorger la justice, et faire « réécrire » le code de procédure pénale par des spécialistes en cent jours.
Le candidat à la présidentielle dit vouloir mettre fin au « pas de vagues » dans la justice. « Je veux instaurer une culture de la responsabilité et de la sanction pour les magistrats », affirme-t-il. Il plaide notamment pour revoir les missions et la composition du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Il propose d’intégrer en son sein des représentants des associations de victimes et souhaite que le président du CSM « rend[e] des comptes à la nation et au peuple », en le faisant auditionner une fois par an par le Parlement.
« Un problème systémique »
Pour inciter à la construction de prisons, le député souhaite que « le besoin de construction de logements sociaux » puisse être minoré dans les communes volontaires pour accueillir des établissements… Voire que cela puisse se passer de l’accord des élus locaux en laissant les préfets « prendre la main » au bout du processus.
M. Attal reconnaît néanmoins qu’on ne peut se limiter à la seule répression. Il évoque un « problème systémique et culturel des atteintes faites aux enfants et aux femmes ». Et d’insister : « Il existe une culture du viol en France dont nous ne sommes pas sortis. » Ce qui le pousse à soutenir la proposition de loi intégrale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, comprenant 79 articles, qui avait été déposée fin 2025 et cosigné par une centaine de députés de gauche et de la coalition gouvernementale.
« Je suis conscient que ces changements créeront des blocages, des résistances et des corporatismes, conclut l’ancien premier ministre. Mais nous n’avons pas d’autre choix que d’avancer sans aucune ambiguïté. Et s’il faut passer par le référendum pour surmonter ces blocages et transformer de fond en comble notre justice, alors j’y suis prêt. »