Après plusieurs semaines de mobilisation, des établissements sont encore bloqués jeudi 15 octobre, avant la troisième rencontre prévue à 17 h 30 entre les organisations lycéennes et le ministre de l’éducation nationale, Edouard Geffray, pour aborder une nouvelle fois les problèmes de bâti scolaire, Parcoursup et les emplois du temps. « On attend des choses concrètes », rappelle à l’Agence France-Presse Pierre Sourzat, représentant des Lycéens !, déplorant n’avoir eu que des « miettes » jusqu’à présent.
A l’issue de la précédente réunion, jeudi 8 octobre, son association et l’Union syndicale lycéenne s’étaient dites insatisfaites et avaient appelé à la poursuite des actions. Le représentant de Renouveau lycéen, Nathanaël Combary – également adhérent du parti Renaissance – avait, lui, salué « quelques avancées », notamment sur la représentativité des lycéens dans des instances consultatives.
Le gouvernement s’est dit prêt à travailler sur l’accompagnement lors de l’orientation au lycée et à des modifications de la plateforme Parcoursup, mais refuse de supprimer le système actuel.
Parti d’un établissement de banlieue parisienne le 17 septembre, le mouvement des lycéens s’est propagé à l’ensemble du territoire, soutenu par des organisations étudiantes et syndicales. Annoncé jeudi dernier, le plan ministériel de redéploiement de 3 000 enseignants titulaires remplaçants, associé à l’embauche de contractuels, n’a pas convaincu les lycéens mobilisés, qui déplorent des heures d’enseignement perdues à cause d’absences non remplacées.
Proviseurs appelés à une « opération rideau »
Jeudi matin, « une vingtaine d’étudiants » d’HEC, selon la préfecture et un étudiant présent, étaient stationnés devant leur école avec des pancartes en soutien au mouvement aux lycéens. L’action « va se poursuivre dans la matinée », mais « on n’a pas prévu de rester toute la journée », a déclaré à l’Agence France-Presse Baptiste Hernandez, étudiant à HEC. « Nous sommes conscientes et conscients qu’en tant qu’élèves à HEC, nous faisons partie des étudiantes et étudiants les plus privilégiés de ce pays », ont-ils écrit dans un communiqué transmis à l’AFP.
« Cette prise de parole a pour seul but d’amplifier la parole des étudiantes et étudiants. Écoutez les collectifs, tout a déjà été dit, ont-ils enjoint. Combien de mains arrachées, de lycéennes et lycéens révoltés, de professeures et professeurs consternés et de manifestations ignorées avant que le pouvoir en place agisse pour notre futur à tous ? » Dans le Rhône, 13 lycées à Lyon et son agglomération et trois universités sont également bloqués, selon la préfecture. La police a procédé à six interpellations. Les proviseurs sont appelés par leur principal syndicat à une « opération rideau » jeudi après-midi, consistant à ne gérer que les urgences, pour signifier leur « ras-le-bol ».
Mercredi, en fin de matinée, 160 établissements étaient encore bloqués, selon les chiffres ministériels. Depuis le début du mouvement, sur les 3 700 lycées français, un tiers n’a « jamais été perturbé », un tiers « a connu une perturbation très modérée sur une durée très limitée » et un tiers des lycées a connu « une perturbation plus importante », selon Édouard Geffray, qui s’est plusieurs fois indigné d’« une violence totalement débridée dirigée contre le service public de l’éducation ». Trente-sept établissements ont été « partiellement incendiés » selon M. Geffray, environ 150 personnels ont été blessés et la police des polices a ouvert 36 enquêtes.
Aussi, 7 950 gardes à vue ont été enregistrées au 13 octobre à 17 heures en marge du mouvement lycéen, dont 85 % concernaient des mineurs, selon un bilan communiqué par la justice. Au total, 2 735 poursuites ont été engagées, dont 2 190 visant des mineurs. Vingt-six personnes ont été placées en détention provisoire, dont neuf mineurs.
« Des événements comme ceux qu’on connaît actuellement, vont générer des milliers de décrocheurs, singulièrement en voie professionnelle », s’est inquiété le ministre, alors que le gouvernement espère que les vacances mettront un terme au mouvement. Après une nouvelle journée de mobilisation mardi, qui a réuni entre 161 000 et 480 000 personnes, des organisations de jeunesse appellent, elles, à rejoindre la mobilisation samedi avec des « gilets jaunes ».