Toujours divisé et perdu dans ses négociations internes, le Parti socialiste va proposer à ses militants deux pistes de stratégie pour la présidentielle, reflet d’un brouillard à gauche qui s’étend aux Ecologistes, eux aussi encalminés dans leurs orientations pour 2027.
Réuni mardi soir, le conseil national du PS, sorte de parlement du parti, n’a pas réussi à se mettre d’accord sur une proposition unique à soumettre au vote des militants le 9 juillet, pour trancher la manière de choisir leur candidat à la présidentielle. Les deux propositions mises au vote actent qu’il y aura une primaire de l’arc social-démocrate, mais diffèrent sur les participants et sur le corps électoral.
Le premier secrétaire Olivier Faure, partisan d’une primaire avec les Ecologistes et le reste de la gauche hors LFI, propose « que la candidature de notre famille politique soit désignée à travers un vote ouvert aux militants du Parti socialiste et de Place publique ainsi qu’à nos sympathisants, moyennant pour ces derniers une participation de 2 euros au scrutin ».
« Contrat de gouvernement »
Sa proposition juge « nécessaire » un rassemblement de la gauche démocratique et des écologistes « autour d’une candidature » soutenue par une dynamique populaire dans le cadre d’un départage démocratique, laissant supposer, que si cette proposition l’emporte le 9 juillet, le premier secrétaire se déclarera candidat et pourrait participer à une primaire avec ses partenaires de gauche.
Ses opposants, dont le premier d’entre eux est le chef des députés socialistes, Boris Vallaud, proposent la désignation d’un candidat « par les militants du Parti socialiste et des organisations politiques se reconnaissant comme faisant partie du pôle socialiste ». Cela laisse la porte ouverte au leader de Place publique, Raphaël Glucksmann, mais aussi à Bernard Cazeneuve, qui a quitté le PS pour fonder La Convention. Ils envisagent que l’adhésion à ce pôle ou à ces organisations soit « ouverte jusqu’au vote », qu’ils prévoient en « octobre », sans préciser la contribution qui sera demandée.
Hostiles à une primaire élargie, ils ajoutent que le candidat désigné œuvrera ensuite au rassemblement avec la gauche hors-LFI pour « construire un programme commun, un accord législatif et un contrat de gouvernement ». Pour certains de ces opposants, le candidat idéal pourrait être Raphaël Glucksmann, crédité d’environ 13 % des intentions de vote. D’autres n’excluent pas la candidature de l’ancien président, François Hollande.
« De quoi avez-vous peur ? »
Les débats se sont focalisés sur le corps électoral de cette primaire social-démocrate. Olivier Faure a plaidé pour une primaire la plus ouverte possible, arguant qu’il fallait que ce vote soit « un moment d’élan populaire ». Ses opposants ont au contraire défendu un « vote des militants ». « Ce n’est pas un congrès. C’est une désignation qui doit permettre de rassembler le plus grand nombre en vue de l’élection présidentielle », a argumenté Olivier Faure, demandant à ses opposants : « de quoi avez-vous peur ? ».
« Je te retourne la question : est-ce que tu aurais peur des militants socialistes dans les choix qu’ils pourraient faire ? », a répondu Boris Vallaud. Plusieurs socialistes sont déjà candidats à la présidentielle, comme le député Jérôme Guedj, le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, et le député Philippe Brun.
Ces tergiversations exaspèrent les partisans de la primaire. « Nous ne soutiendrons pas un choix et une candidature qui ne seraient pas issus d’un processus de primaire », ont écrit Les Ecologistes, L’Après, Debout et Génération.s, dans un courrier adressés aux socialistes.
La cheffe des Ecologistes Marine Tondelier, est inquiète de voir la primaire de la gauche, à laquelle elle est candidate, s’éloigner. Elle a lancé une consultation de ses propres militants, du 1er au 6 juillet, pour acter en cas d’échec de la primaire que la campagne des Ecologistes se poursuivra autour de sa candidature.
De quoi faire bondir ses opposants internes, qui ont soumis au vote, lors d’un conseil fédéral extraordinaire, mardi soir, une motion visant à pouvoir discuter de toutes les alternatives possibles, y compris celle de ne pas avoir de candidature autonome et de se ranger derrière une autre personnalité de gauche. Certains sont plus enclins, comme le sénateur Yannick Jadot, à choisir Raphaël Glucksmann. D’autres, à l’instar de Sandrine Rousseau, plaident pour rejoindre Jean-Luc Mélenchon, qui leur a déjà tendu la main. Le vote se poursuit jusqu’à mercredi minuit.
Dans un message interne, 13 parlementaires, dont la cheffe des députés écologistes Cyrielle Chatelain, ont appelé à « sortir du tête-à-tête avec le PS et lancer des discussions avec LFI et le PC sur des bases claires et partagées ».