Les électeurs de la primaire à gauche auront quelques heures de plus pour pouvoir voter. En raison de la cyberattaque qui a visé la plateforme de vote depuis le début du scrutin dans la matinée du vendredi 9 octobre, provoquant un « ralentissement » des opérations, le vote se déroulera jusqu’à dimanche 18 heures - et non plus samedi 20 heures comme prévu initialement -, a annoncé la commission d’oganisation de la primaire dans un communiqué diffusé dans la soirée.
« L’intervention d’experts techniques a confirmé l’absence d’altération de la sincérité du scrutin et le bon enregistrement des votes qui se sont tenus sans interruption depuis son ouverture », a précisé le comité d’organisation dans son texte. A 19 heures, vendredi soir, le scrutin ne comptait que 20 000 votants sur 140 000 inscrits. Le résultat sera donc connu dimanche soir, quelques minutes après la fin du scrutin.
La plateforme a été ciblée dès l’ouverture du vote à 8 heures par une cyberattaque visant à créer un « afflux massif et fictif de connexions » qui ont entravé « la capacité à voter d’une partie des électeurs », avait indiqué la commission d’organisation de la primaire en fin de matinée. Le vote a pu reprendre normalement à 18 h 45 vendredi.
Matignon a fait savoir que le premier ministre, Sébastien Lecornu, avait demandé à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) « de se mettre à disposition de l’organisateur afin d’identifier la nature de l’attaque ; d’identifier l’origine de l’attaque ; de mettre en relation l’organisateur de la primaire avec des prestataires certifiés, sur lesquels l’organisateur peut s’appuyer pour pour rétablir le bon fonctionnement de la plateforme ».
Friction sur l’alliance avec LFI
Les 140 000 électeurs doivent départager cinq candidats dont le favori est l’eurodéputé de Place publique Raphaël Glucksmann, et son challengeur, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure. L’ex-candidate à la présidentielle de 2007 Ségolène Royal, le député socialiste Jérôme Guedj et le député de La Gauche républicaine et socialiste (GRS) Emmanuel Maurel sont également en lice.
Au terme de trois débats télévisés, pendant lesquels les affrontements ont parfois été rugueux, plusieurs points de friction se sont fait jour, notamment quant à une éventuelle alliance avec La France insoumise (LFI). Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj la refusent vigoureusement, accusant le leader « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, de jouer avec les codes de l’antisémitisme, et arguant qu’une alliance avec LFI serait synonyme de défaite.
Ils accusent de « soumission » à LFI Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel, tous trois favorables à un rapprochement de l’ensemble de la gauche à l’Assemblée. A l’inverse, Olivier Faure et Ségolène Royal ont reproché à Raphaël Glucksmann de vouloir, selon eux, se tourner vers le centre.
Crainte de l’« effacement » du PS
Jeudi, les tensions se sont exacerbées : Olivier Faure a estimé qu’une victoire de Raphaël Glucksmann signifierait l’« effacement » du PS dans l’élection présidentielle. Ségolène Royal avait déjà déploré un « hold-up » du parti par l’eurodéputé.
M. Glucksmann y a vu des « attaques désespérées de dernière minute ». « Cette primaire, c’est un choix sur les options stratégiques et un choix sur la place qu’on veut occuper dans cette élection présidentielle. Moi, j’ai une conviction, nous pouvons gagner l’élection présidentielle de 2027 », a-t-il plaidé jeudi soir, en déplacement à Nancy.
Même si le corps électoral a dépassé les prévisions qui tablaient sur 90 000 inscrits, cette primaire est très loin de celle qui avait permis la victoire de François Hollande en 2012 (entre 2,6 millions et 2,8 millions de votants).
« Je n’ai pas de pronostic à faire, parce qu’on ne sait pas quel est le corps électoral, on ne sait pas qui sont les gens qui se sont inscrits », a rappelé Olivier Faure jeudi, en déplacement dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Raphaël Glucksmann a dit espérer que l’élargissement du corps électoral « corresponde aux sympathisants de [son] espace politique ». « Donc, cela aurait tendance évidemment à me donner de l’espoir », a-t-il ajouté.