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Prisons : la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté dénonce une « catastrophe pénitentiaire » et un manque de « courage politique » pour y remédier

Prisons : la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté dénonce une « catastrophe pénitentiaire » et un manque de « courage politique » pour y remédier

La situation dans les prisons françaises ne fait qu’empirer avec les années. Dans le dernier rapport annuel que la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) rend avant de quitter ses fonctions, Dominique Simonnot dénonce une « catastrophe » à tous les niveaux.

« Tous les élus, toutes les autorités publiques connaissent de loin ou de près la catastrophe pénitentiaire, celle de la protection de l’enfance et celle de la psychiatrie », constate Mme Simonnot, dont le mandat prend fin en octobre, en avant-propos de ce rapport portant sur l’année 2025 qui sort en librairie jeudi.

« Du courage politique, voilà ce qu’il faudrait pour que tout s’améliore, mais cette année aura été, sur ce point, une des moins respectables qu’auront connues, en France, celles et ceux qui y sont enfermés », poursuit-elle.

La CGLPL, autorité administrative indépendante chargée de défendre les droits fondamentaux dans les prisons, mais aussi les hôpitaux psychiatriques, les centres de rétention administrative (CRA), les centres éducatifs fermés (CEF) et les locaux de garde à vue, a contrôlé en 2025 138 établissements, dont 23 pénitentiaires.

Une surpopulation carcérale inégalée

Le constat est le même que les années précédentes : « La surpopulation carcérale est endémique et constitue le principal facteur aggravant et structurel des atteintes aux droits et à la dignité en prison. »

Le nombre de détenus ne cesse d’augmenter depuis quelques années. Au 1er avril 2026, la France comptait 88 145 détenus, un chiffre inégalé jusque-là, pour 63 353 places opérationnelles dans les établissements pénitentiaires, ce qui porte à 139 % le taux de suroccupation des prisons, selon les statistiques du ministère de la justice. Dans ce contexte, 7 540 détenus étaient à cette date contraints de dormir sur un matelas au sol dans une cellule déjà occupée par d’autres personnes, contre 4 752 un an auparavant.

Parmi les conséquences, « une promiscuité générant fatigue, tensions et violences, une surveillance saturée qui laisse place à la montée des trafics et des brutalités », décrit la CGLPL. Dans le même temps, « le personnel de nombreux établissements connaît un sous-effectif structurel ». De fait, « le recours aux heures supplémentaires est très élevé, ce qui accroît la fatigue des agents et réduit leur vigilance ». Sans compter la vétusté de nombreux établissements, impossibles à rénover compte tenu de l’absence de crédits et des espaces surpeuplés.

Des experts du sous-comité des Nations unies (ONU) pour la prévention de la torture (SPT) ont effectué pour la première fois une visite en France, du 17 au 23 mai, pour évaluer les conditions de détention dans 18 lieux de privation de liberté. « La surpopulation carcérale est l’un des défis les plus urgents observés au cours de cette visite. Elle porte directement atteinte aux droits fondamentaux des détenus », a rapporté Suzanne Jabbour, cheffe de la délégation.

« Dans certains des établissements visités, les conditions observées peuvent constituer un traitement inhumain ou dégradant au regard du droit international. La France doit prendre des mesures structurelles et durables pour y remédier », affirme-t-elle dans un communiqué.

  1. Le SPT enverra à la France un rapport confidentiel complet contenant ses observations et recommandations, et encourage la France à en autoriser la publication afin de faciliter leur mise en œuvre.

Le SPT enverra à la France un rapport confidentiel complet contenant ses observations et recommandations, et encourage la France à en autoriser la publication afin de faciliter leur mise en œuvre.

Pénurie de personnel

Par ailleurs, le rapport de la CGLPL met en avant la multiplication des régime de détention, entraînant des « distinctions peu lisibles ». Or, « les quartiers d’évaluation de la radicalisation, les quartiers pour détenus violents et les quartiers de lutte contre la criminalité organisée ne sont guère que des cadres de plus en plus contraignants, aux contraintes parfois floues ou mal connues », estime Mme Simonnot.

Tandis que « les régimes présentés comme plus favorables à la réinsertion (quartiers de semi-liberté, structures d’accompagnement à la sortie) pâtissent de la surpopulation carcérale et sont souvent prioritairement utilisés pour désencombrer les maisons d’arrêt plutôt que pour poursuivre leur finalité propre ».

Du côté des établissements de santé mentale, la « pénurie de personnel est à l’origine de nombreuses atteintes aux droits des patients ». « Les pratiques d’isolement et de contention, très hétérogènes, présentent presque dans tous les cas des écarts notables avec le cadre légal qui les autorise et les limite », constate la CGLPL.

« La psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent apparaît systématiquement comme le maillon le plus fragilisé », observe-t-elle encore. Faute de places suffisantes en pédopsychiatrie, des mineurs sont hospitalisés dans des unités pour adultes « au mépris de leurs droits fondamentaux », déplore-t-elle. Enfin, dans les centres de rétention administrative des étrangers, « la vie quotidienne des personnes retenues se déroule dans des locaux souvent inadaptés, insalubres et qui ne respectent en rien leur intimité, créant un sentiment d’humiliation et d’inconfort permanent ».

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