Depuis quarante ans qu’il chante en français, le Suisse Stephan Eicher continue à parler bancal. Ça rend ses phrases poétiques et sa voix tendre. « J’aimerais un parfum qui s’appellerait “contenance”. Parce que ma mère, c’était ça : la contenance. Elle disait : “On fait pas chier les gens avec des émotions.” » Moyennant quoi lui-même a une façon bien à lui de vous arracher des soupirs : « Jusqu’à la fin elle est restée digne. Lorsqu’elle est morte, à l’automne 2021, ma mère voulait se refaire les ongles, mettre une jolie robe. Elle est partie comme ça. Mon père l’a suivie six semaines plus tard. Mes parents étaient dans une maison pour les vieux. Pas dans la même chambre, c’eût été la guerre immédiate entre eux. Une seule fois, à la cantine, j’ai réussi à les mettre face à face. Je les avais attirés avec un vermicelle – une pâtisserie qu’on a ici, avec de la crème de marrons. C’est resté poli : “bonjour monsieur, bonjour madame”. »
Sous le plongeoir chauffé à blanc par le soleil, les eaux dormantes du Léman se teintent du vert des prairies, du noir de la rocaille et du bleu des cieux suisses. Assis sur la planche, le chanteur de Poussière d’or, son dernier album, sorti à l’automne 2025, observe un banc de petites perches. Saint-Saphorin, entre Lausanne et Vevey. On a emprunté l’antique passerelle métallique qui enjambe la voie ferrée et ses trains de marchandises. Un couple de baigneurs se rhabille, laissant flotter des effluves d’Ambre Solaire. « J’adore l’odeur », dit le chanteur.
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