Vincent Bouillard, premier Français à remporter la Western States, monument de l’ultra-trail
Une boucle de ceinturon en argent vient compléter sa collection. A 32 ans, le Français Vincent Bouillard s’est adjugé en premier le trophée récompensant les finisseurs de la Western States Endurance Run (WSER), course pionnière de l’ultra-trail et plus ancien « 100 miles » américain, en moins de vingt-quatre heures (elle est en bronze pour ceux qui finissent en moins de trente heures). Et le vainqueur surprise de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) en 2024 – il était alors amateur et courait sans sponsor – ne s’est pas contenté de devenir le septième athlète (et quatrième homme) à remporter deux des quatre « monuments » de l’ultra-trail : samedi 27 juin, le traileur d’Annecy s’est imposé en écrasant le record de l’épreuve sillonnant la piste empruntée au XIXe siècle par les chercheurs d’or et d’argent de la ruée vers l’or.
Premier coureur à passer sous la barre des quatorze heures pour effectuer les 100 miles (161 kilomètres) et 5 500 mètres de dénivelé positif reliant Olympic Valley, en Californie, à la piste d’un lycée d’Auburn, Vincent Bouillard a mis 13 h 46 min 16 s à terminer la course. Dans une « édition licorne », comme l’ont tourné les commentateurs de l’épreuve, où les athlètes ont été quelque peu épargnés par la chaleur souvent suffocante des pistes californiennes au début de l’été, trois autres coureurs, dont le Français Thomas Cardin (4e, pour ses débuts sur la distance) ont également effacé le record détenu depuis 2019 par l’Américain Jim Walmsley, quadruple vainqueur (14 h 09 min 28 s). Chez les dames, l’Américaine Jennifer Lichter, vainqueure en 15 h 28 min 05 s, a également battu la précédente marque de référence de sa compatriote Courtney Dauwalter.
« Dès la première montée, le rythme a été très soutenu et je me suis dit “OK, on n’est pas là pour s’amuser” », a relaté Vincent Bouillard au micro des organisateurs après avoir franchi, incrédule, la ligne d’arrivée. Dans une course menée à un train d’enfer, notamment par les Américains Hans Troyer et Jim Walmsley, forcés tous deux d’abandonner – comme le Catalan Kilian Jornet, légende de son sport et quadruple vainqueur à Auburn –, le Français a tenté de ménager son organisme.
Bascule en tête en toute fin de course
« On a été vraiment plus rapides que l’an passé, mais cette fois je voulais être un petit peu plus “conservateur”, a exprimé celui qui avait été contraint à l’abandon l’an passé, lors de sa découverte de l’épreuve californienne. J’ai finalement assez peu d’expérience sur 100 miles, ce n’est que mon quatrième, et le troisième que je termine, et j’ai parfois tendance à partir un peu trop vite. »
Athlète complet, Vincent Bouillard avait surpris la planète ultra-trail en remportant, à l’été 2024, l’UTMB au nez et à la barbe des favoris alors qu’il n’était qu’un ingénieur production-innovation chez l’équipementier Hoka – qui l’a depuis signé comme athlète semi-professionnel. Samedi, celui qui a vécu en Californie et y a remporté ses premières courses dans l’anonymat, en 2023, est devenu le premier Français à remporter la Western States, prenant la tête de l’épreuve à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée, après avoir dépassé l’Italien Francesco Puppi, finalement 2e et longtemps leader pour sa première course de 100 miles. « Je voulais garder des forces pour les portions plus roulantes de la fin, et ça a payé », a exposé Vincent Bouillard, sur la chaîne YouTube de la WSER.
A 32 ans, et encore « petit nouveau » dans une discipline en plein essor, le traileur français a confirmé, samedi. Deux ans après l’UTMB, il décroche un deuxième monument de l’ultra-trail (avec la Diagonale des fous, à la Réunion, et la Hardrock 100, dans le Colorado). Il a reconnu qu’il lui faudrait « du temps pour réaliser », après une course intense, où les trois premiers se sont tenus en une poignée de minutes tout du long, forçant chacun d’entre eux à puiser dans ses réserves. « Même si j’avais mal absolument partout, en comparaison à la douleur d’un accouchement, [ça] n’avait rien à voir », a nuancé celui qui est devenu père il y a sept mois, expliquant s’être répété cela tout au long de l’épreuve.