Lorsqu’en 1985, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement, a annoncé l’objectif de « 80 % d’une classe d’âge au niveau bac » – c’est-à-dire, pour lui, en terminale – à l’horizon de l’an 2000, il a ajouté qu’en tablant sur un taux de succès des candidats au bac de 75 %, on devrait avoir alors 60 % de bacheliers effectifs dans une classe d’âge. Mais il n’a guère été entendu sur ce dernier point.
Jean-Pierre Chevènement s’en est longuement expliqué lors de son audition par la commission dite « Thélot » [du nom de son président, le sociologue Claude Thélot], le 28 janvier 2004. « L’objectif que je me suis donné a été d’amener une plus forte proportion de jeunes à poursuivre leurs études. La formulation que j’en ai donnée n’était pas excellente, car elle a introduit beaucoup de confusions. 80 % au niveau bac, ça n’était pas 80 % au bac, relève alors l’ancien ministre. “Au niveau bac”, c’est quelque chose que les gens ne comprennent pas. Cela veut dire en fait à 18 ans en terminale, et puis, réussisse qui pourra », poursuit alors le responsable politique.
Jean-Pierre Chevènement n’était « pas partisan de l’abaissement des critères d’exigence au niveau du baccalauréat », mais a constaté que ses « successeurs, ou plus exactement l’administration, peut-être avec leur aval, inconsciemment peut-être, a assoupli constamment le niveau d’exigence, de sorte que le bac a été donné non plus à 50 % ou 60 % de ceux qui s’y présentaient mais progressivement à 60 ou 70 %, peut-être même davantage ». « On a assisté à un phénomène curieux, c’est qu’à la fois, il y a eu un flot croissant de jeunes qui, comme je le souhaitais, poursuivaient leurs études, et en même temps, le bac a été octroyé plus généreusement », a-t-il conclu lors de cette audition.
Effectivement, le taux de réussite aux baccalauréats, qui était de l’ordre de 66 % de 1969 jusqu’en 1985, monte à 70 % en 1986, puis à environ 75 % de 1988 à 1995. Le taux de 60 % de bacheliers dans une classe d’âge est atteint dès 1994 (soit six ans avant la date prévue) : 36 % de bacheliers généraux dans la classe d’âge de 1994, 16 % de bacheliers technologiques, et 8 % de bacheliers professionnels.
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