Deux amies, un oiseau mort de faim dans sa cage, un mikado de troncs d’arbres calcinés au sol, une femme fatiguée, ployée en deux sur une douleur ancienne, qui tourne et tourne et tourne encore autour de la scène : Che dolore terribile è l’amore (en français : « Quelle douleur terrible est l’amour ») est un spectacle délicat et prenant où chaque détail est une loupe posée sur l’indicible et l’invisible.
En adaptant et en mettant en scène Impossibles adieux, de Han Kang, romancière sud-coréenne (Prix Nobel de littérature 2024), l’Italienne Daria Deflorian revient vers une écriture qu’elle connaît pour avoir créé en 2024 La Végétarienne (Le Serpent à plumes, 2015). Elle le fait à sa manière, subtile, patiente, têtue, dans un refus déterminé de l’outrance, du cri, de la gesticulation et du spectaculaire.
Son spectacle, proposé au cloître des Carmes, n’est pas facile d’accès. Mais le monde tissé par l’autrice ne l’est pas davantage qui confond jusqu’à l’inextricable la fiction et la réalité, la présence et l’absence, le mort et le vivant, l’ici et l’ailleurs, l’hier et l’aujourd’hui. Le texte est une pelote de laine dont les fils sont étroitement entremêlés. La mise en scène les desserre un à un, par fragments et éclats, se faufilant d’ellipses en énigmes et de non-dits en traumatismes, pour accéder au noyau dur du propos : la tragédie des habitants de l’île de Jeju (Corée du Sud), assassinés par dizaines de milliers à partir de 1948. Hommes, femmes, enfants, vieillards, ces civils coréens furent mitraillés par une armée de militaires mercenaires qui pourchassaient la graine du communisme chez les insulaires, y compris les bébés.
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