Au Festival d’Avignon, Valérie Dréville, impériale et impeccable comédienne dans « Thésée, sa vie nouvelle »
Le sol sur lequel se tient, seule en scène, la comédienne Valérie Dréville, est tapissé d’images tirées des archives personnelles de l’écrivain Camille de Toledo. Ce sol est bien plus qu’un plateau de jeu. Il est le cimetière et l’humus. Là où tout finit de ce qui a été, mais aussi (telle est la prérogative du théâtre) là où tout recommence de ce qui n’est plus.
Filmés et projetés sur un écran où ils se superposent aux traits de Valérie Dréville surgissent les visages de Jérome, frère de l’auteur, d’Esther et Gatsby, ses parents, de Nathaniel son grand-père maternel, de Talmaï, l’arrière-grand-père et ses fils (les frères de Nathaniel), Oved et Nissim. Photos choisies d’une famille dont les traumas sont révélés dans un récit sensible devenu un spectacle hypnotique.
Thésée, sa vie nouvelle est une enquête menée par Camille de Toledo, de Berlin où il se réfugie après avoir perdu, en l’espace de quelques mois, son frère qui s’est pendu, sa mère et son père. Un exil qui ne l’apaise pas, au contraire. Assailli par un terrible mal de dos, son corps immobilisé lui intime l’ordre de revenir à la source du mal. L’anamnèse qu’il entreprend, sous le nom de Thésée, héros mythologique parti combattre le Minotaure, remonte le temps. Dans la famille Toledo, cela fait plus de cent ans que les morts se font écho d’une génération à une autre, tout en se confondant avec la mort des utopies. Deux guerres mondiales, la Shoah, l’industrialisation et les « trente glorieuses », les mirages du libéralisme : si le texte déplie le fil de l’intime, l’arrière-plan est politique, et l’identité juive des aïeuls familiaux, la basse continue de l’exploration mémorielle.
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