Au Festival de Radio France Montpellier, l’électrochoc du « Tristan » dirigé par Jaap van Sweden
Soirée sous haute tension avec le Tristan de Richard Wagner, qui marquait l’apogée de la première semaine du Festival de Radio France Occitanie Montpellier. Une salle du Corum emplie à ras bord, samedi 11 juillet, par une concentration inédite de wagnériens au mètre carré, une distribution digne, sauf exception, des grandes scènes lyriques : le philtre d’amour n’est pas encore bu qu’il fait déjà son effet. Sur le plateau, l’Orchestre philharmonique de Radio France au grand complet, et son directeur musical, Jaap van Sweden, n’ont droit ni à l’erreur ni à l’ennui. Inquiétude envolée dès les premières notes de l’ouverture, ardemment sculptées par le chef néerlandais. Plus que la tension chromatique, plus que la force des décibels, l’intensité se niche dans un vibrato des cordes serrées jusqu’à la contention.
Jaap van Sweden pratique un Wagner sanguin et nerveux, généreusement lyrique et découplé, où les battements de cœur lèvent de grandes houles sonores, à l’instar de celles qui poussent contre son gré la farouche Isolde, sous la bonne garde de Tristan, de son Irlande natale vers les côtes de Cornouailles, où l’attendent les épousailles du vieux roi Marke. Chaises, pupitres et bouteilles d’eau en plastique : les chanteurs sont alignés à l’avant-scène. Ils entrent et sortent, chacun à sa manière. Il y a la façon élégante de Brangäne en robe bleu nuit, qui semble presque glisser sur le sol, l’arrivée intempestive de Melot, prêt à en découdre avec les sièges. Et puis il y a le Tristan de Stuart Skelton, dont la volumineuse silhouette semble s’alléger au fur et à mesure que sa ligne de chant s’affermit et ses aigus se corsent.
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