Au Mans, La Fonderie, fabrique artistique atypique créée par François Tanguy et Laurence Chable, résiste aux lois du marché
François Tanguy, créateur de formes mélancoliques et fascinantes, a beau être mort le 7 décembre 2022, son œuvre lui survit. Elle forme un répertoire qui acquiert, au fil des ans, un formidable relief. L’artiste n’est plus là, mais le public peut encore et toujours découvrir ses représentations. Jusqu’à quand ?
Proposé en octobre, Par autan, le dernier spectacle du metteur en scène, est repris à La Fonderie, le lieu qu’il a investi en 1986 avec sa partenaire, la directrice du Théâtre du Radeau, Laurence Chable. C’est au Mans que se situe cette attachante structure que sa conception, son fonctionnement et sa philosophie rendent précieuse. D’autant plus qu’elle fait littéralement exception au sein de l’institution théâtrale publique, corsetée par les rigidités des cahiers des charges. Rien de tel n’entrave la vie de ce « lieu intermédiaire » (son label officiel) où se sont inventées et se pratiquent chaque jour des solidarités artistiques, sociales et humaines dont la nécessité n’a pas faibli depuis quarante ans. Au contraire.
Difficile de résister au charme de l’ancienne usine métallurgique et de son singulier aménagement. Déployé sur 4 200 mètres carrés, le lieu est l’écho troublant des chassés-croisés esthétiques signés par l’artiste. Les mises en scène de François Tanguy reposent sur la circulation, le déplacement et l’entrelacs de portants, de toiles, de panneaux, entre lesquels se glissent les comédiens, qui élaborent, sur les plateaux, un étonnant ballet. L’agencement du bâtiment découle d’un même état d’esprit. Retirer un élément des kaléidoscopes visuels et sonores conçus par Tanguy, c’est condamner la représentation à s’effondrer sur elle-même. Amputer le lieu d’un espace reviendrait à réduire son équilibre à néant.
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