Une plage sur l’écran. La vidéo est de qualité moyenne, super-8 un peu tremblant. Quatre jeunes hommes apparaissent et se mettent nus. Ils revêtent une sorte de cape où leurs têtes disparaissent dans une cagoule. Ces manteaux sont monochromes, vert sombre, outremer, ocre et orange. Des bâtons sont enfoncés dans le sable, ils s’en saisissent et les introduisent sous les tissus. Ils entament ensuite, plus ou moins en rythme, une sorte de danse maladroite, embarrassée par les bâtons et les capes. Ils s’affalent dans des chaises longues. Soudain, ils s’enfouissent sous un très vaste drap rouge qui les recouvre entièrement et vont ainsi jusqu’à la mer. Quelques vagues, puis c’est fini.
Qu’a-t-on vu ? Une sorte de rituel dédié aux éléments, entre érotisme et paganisme ? Mais il suscite plutôt trouble et inquiétude. On dirait un mauvais rêve des peintres Giorgio De Chirico (1888-1978) ou Marc Desgrandchamps devenu film. Il n’a rien d’élégiaque ni de touristique, malgré le sable, les flots et le ciel bleu.
Tourné à Ibiza en 1974, il se nomme Pénétrable et a pour autrice l’artiste Nicola L. qui fait alors de longs séjours sur l’île. A partir de la fin des années 1960, elle exécute de nombreuses performances de ce genre, dans des lieux variés, bord de mer ou centre-ville, avec des jeunes hommes pour exécutants et, pour accessoires, ces capes à cagoule qu’elle appelle donc des « Pénétrables » et ce manteau démesuré, rouge ou bleu, animé par des performeurs invisibles. Dans la rétrospective consacrée à l’artiste par le Musée d’art contemporain d’Anvers (Belgique), ces vidéos et les photographies documentaires captent d’autant plus l’attention qu’elles n’ont été que peu montrées, alors qu’elles ont une puissance expressive très forte.
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