Pour la première fois depuis vingt ans, les socios du Real Madrid vont avoir le choix. Dimanche 7 juin, 100 000 sociétaires du club quinze fois champion d’Europe sont appelés aux urnes pour désigner leur président pour les quatre prochaines années. A cette occasion, cependant, le nom de Florentino Perez, actuellement en poste, ne sera pas le seul qui leur sera proposé. Le dirigeant de 79 ans, réélu à quatre reprises (et sans opposition) depuis 2009, fait face à Enrique Riquelme, un entrepreneur de 37 ans qui avait déjà envisagé de se présenter en 2021.
La campagne électorale qui a agité l’actualité des Merengue ces derniers jours n’était pourtant pas prévue. Le mandat de M. Perez, réélu en janvier 2025, devait s’achever en 2029, mais le patron du club de la capitale a décidé de le remettre en jeu, à l’issue d’une saison décevante sur le plan sportif. En effet, pour la deuxième année de suite, le Real Madrid, éliminé en quarts de finale de la Ligue des champions et deuxième du championnat d’Espagne derrière le FC Barcelone, n’a remporté aucun titre majeur.
Contesté en raison de ces piètres résultats et de l’image peu flatteuse que renvoie le vestiaire madrilène – Aurélien Tchouaméni et Federico Valverde ont tous deux été sanctionnés financièrement par le club, le 8 mai, après une altercation –, M. Perez veut donc faire de ces élections un référendum centré sur sa personne. Le 12 mai, à l’occasion d’une conférence de presse convoquée en urgence, il annonçait ainsi la tenue du scrutin, dénonçant une campagne médiatique « très organisée » contre le Real Madrid et lui-même.
Lors de ce point presse de plus d’une heure, le septuagénaire avait livré un discours déroutant, passant d’un sujet à l’autre sans véritable fil conducteur, hormis la volonté de s’en prendre à ses détracteurs. « Si quelqu’un veut se présenter, qu’il ne se dérobe pas, mais qu’il dise ce qu’il va faire et comment il va financer [son projet] », avait-il lancé. M. Perez a comme atout son bilan au long cours à la tête du Real Madrid, dont il a occupé la présidence pendant vingt-trois ans (il avait déjà dirigé le club entre 2000 et 2006) : sept succès en Ligue des champions, le recrutement régulier de joueurs de classe mondiale ou encore la rénovation pharaonique du stade Santiago-Bernabeu.
Le 21 mai, à deux jours de la clôture des candidatures, Enrique Riquelme a officialisé la sienne. « Un homme d’affaires du secteur de l’énergie à l’accent sud-américain », avait lâché, avec dédain, M. Perez. Socio depuis plus de vingt ans, l’entrepreneur, dont la fortune est estimée par le quotidien El Mundo à 460 millions d’euros, est le fondateur et président de Cox Energy, un géant de l’énergie solaire et des renouvelables coté en Bourse et présent sur plusieurs continents. Surnommé « le roi du soleil », il est parvenu à répondre aux critères requis – particulièrement exigeants – pour se présenter, obtenant une garantie bancaire de 187 millions d’euros, qui correspond à 15 % du budget annuel du Real Madrid.
Promesses
Une fois cet adversaire déclaré, M. Perez a égrené les promesses à concrétiser en cas de victoire. Le dirigeant, qui avait finalisé la venue de Luis Figo, en 2000, puis l’arrivée de Cristiano Ronaldo, de Kaka et de Karim Benzema, en 2009, après son entrée en fonctions à la tête du club, a déjà annoncé qu’il procéderait à plusieurs recrutements s’il conservait son poste. « Si je reste président, (…) l’un des meilleurs défenseurs du monde, [Ibrahima] Konaté, jouera au Real Madrid à partir de la saison prochaine », a-t-il affirmé dans un entretien accordé au quotidien As, mercredi 3 juin.
Le dirigeant a également fait savoir qu’il nommerait José Mourinho au poste d’entraîneur. Celui-ci est déjà passé sur le banc du club entre 2010 et 2013. Jeudi soir, il a ajouté, sur la chaîne de télévision Cuatro, que l’international néerlandais de l’Inter Milan, Denzel Dumfries, signerait chez les Merengue, ainsi qu’un autre joueur « d’un club important de la Ligue des champions ». M. Perez s’est ainsi engagé à dépenser le « montant le plus important jamais payé par le Real Madrid : au moins 150 millions ».
De son côté, M. Riquelme n’a pas non plus été avare de promesses, n’hésitant pas à se mettre en scène. Présent sur le plateau de l’émission « El Hormiguero », à quatre jours des élections, il a brandi un maillot du Real Madrid floqué du nom du Norvégien Erling Haaland, l’attaquant vedette de Manchester City. « Haaland a une clause libératoire. Si je suis élu, il rejoindra le Real Madrid », a-t-il affirmé, en ajoutant que Rodri, Ballon d’or 2024 et autre joueur des Citizens, viendrait également étoffer les rangs du club espagnol.
Proche de Rafael Nadal, dont il sponsorise l’équipe de padel et de bateaux à moteurs électriques, l’entrepreneur l’est aussi de plusieurs anciennes gloires du Real Madrid, dont Raul, Iker Casillas ou encore Sergio Ramos. Au-delà des recrues, il plaide pour un agrandissement du centre d’entraînement de Valdebebas. C’est à cet endroit qu’une partie des socios pourront déposer leur bulletin dans l’urne, dimanche, au cours d’une élection déterminante pour l’avenir des Merengue.