Culture

Au Théâtre des Champs-Elysées, un « Enlèvement au sérail » plombé par l’esprit de sérieux

Au Théâtre des Champs-Elysées, un « Enlèvement au sérail » plombé par l’esprit de sérieux

C’est un Enlèvement au sérail de Mozart scellé de plomb tel un cercueil, qui aura conclu la première saison de Baptiste Charroing à la direction du Théâtre des Champs-Elysées, à Paris. Le compositeur de 26 ans, joyeusement exfiltré de Salzbourg, et son librettiste, Johann Gottlieb Stephanie, avaient pris le parti d’une folle et divertissante turquerie, genre en vogue au XVIIIe siècle. Un navire espagnol a été arraisonné par des pirates, lesquels ont enlevé la belle Konstanze, sa femme de chambre, Blonde, et le valet Pedrillo. Vendus comme esclaves, ils ont été rachetés par un puissant pacha, Selim. Mais le vaillant seigneur Belmonte, fiancé de la jeune femme, arrive aux marches du palais gardé par une armada d’effrayants porte-flingues en costards noirs, lunettes noires et oreillettes.

Les protagonistes mozartiens, la plupart accros à l’alcool et à la cocaïne, sont rassemblés dans un décor blanc qui emprunte aux musées d’art contemporain de la Méditerranée (moucharabiehs stylisés, expositions d’œuvres en provenance du monde entier). C’est là que vit le richissime Selim (rôle parlé), dont le harem est peuplé de femmes européennes visiblement sous soumission chimique. Cette figure magnanime se révèle ici un dangereux manipulateur, mi-chef mafieux mi-gourou, capable d’abattre de sang-froid son fidèle Osmin, psychopathe amateur de sévices et de tortures.

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