Culture

Au Théâtre du Rond-Point, « Tout est calme dans les hauteurs » atteint des sommets d’humour et d’abjection

Au Théâtre du Rond-Point, « Tout est calme dans les hauteurs » atteint des sommets d’humour et d’abjection

L’auteur autrichien Thomas Bernhard (1931-1989) est rarement décevant. Mais sa pièce Tout est calme dans les hauteurs, mise en scène avec subtilité par Jean-François Sivadier au Théâtre du Rond-Point, atteint des sommets d’ironie, de lucidité et d’humour. A commencer par ce titre que les acteurs (épatants) font mine de prendre au pied de la lettre – propos courtois, attitudes mesurées – parce que, c’est vrai, tout respire la sérénité dans la maison d’Anne et Moritz Meister, un couple d’intellectuels qui habite une vaste maison sur les cimes des Préalpes bavaroises.

Publié à titre posthume en 1994, le texte (qui s’intitulait Maître dans sa première édition française) s’immisce dans l’intimité du duo. On y entre en confiance, on en ressort interloqué par ce que l’écrivain donne à voir : l’antisémitisme persistant et décomplexé de « cultureux » propres sur eux dans les années 1980.

Face au public, sur une longue scène terne (rideau gris coulissant, moquette triste, fades peintures champêtres et mobilier quelconque monté sur roulettes), les Meister reçoivent. Des époux bien sous tous rapports, pense-t-on, sans se méfier. Ni de leurs penchants excessifs pour des logorrhées asphyxiantes. Ni de ce décor dévitalisé où Norah Krief, exceptionnelle de dinguerie burlesque en Anne Meister, déroule le tapis sur le sol. Mais à moitié seulement, la poussière tapie en dessous étant amenée à délivrer ses sales secrets.

Il vous reste 67.73% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Vous avez peut-être manqué