Certains de ses hommes boivent tranquillement à la terrasse du café L., dont nous tairons le nom afin qu’il ne soit pas localisé, même si, à Kherson, comme ailleurs en Ukraine, la transparence du champ de bataille, comme disent les militaires, fait qu’il y a peu de secrets pour l’ennemi.
Du ciel, l’œil du drone voit tout, sait tout. Les explosions qui s’abattent sur la ville s’enchaînent, en ce matin de juin, à raison d’une frappe toutes les cinq minutes. « Drones kamikazes », annonce un soldat. L’artillerie russe, en revanche, semble au repos. Des civils font leurs courses, d’un pas certes un peu pressé, dans les rues avoisinantes, sans foncer vers les abris. A la terrasse du L., nul ne bouge. Trois officiers tatoués font la conversation à une jeune femme qui rit aux éclats.
Lorsque le commandant du bataillon arrive, certains rejoignent le discret quartier général installé dans un bâtiment voisin. Le major Mykola Stavytsky est habillé en civil et voyage dans une voiture civile. C’est un peu plus sûr, même si l’armée russe est désormais célèbre pour ce que les Ukrainiens ont baptisé le « safari humain » de Kherson, où Moscou envoie ses dronistes s’entraîner sur les habitants de la ville avant de rejoindre des fronts plus difficiles, dans les régions de Donetsk et de Zaporijia.
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