Sur le front russe en Ukraine, un argot est né. Dans les tranchées et les cachots, dans les campements et les hôpitaux militaires, les soldats russes parlent un langage qui raconte leur vie au combat. Un vécu très loin de la réalité enjolivée par le Kremlin et ses relais, à la télévision comme dans les écoles.
L’anthropologue Alexandra Arkhipova et le psychologue Iouri Lapchine ont eu accès aux écrits des soldats, mais aussi de leurs mères, épouses, sœurs et enfants. Des lettres que les familles ont envoyées sur la plateforme numérique créée à Moscou par le commissaire aux droits humains.
Une faille technique sur ce site, découverte par Echo, un média indépendant en exil, a permis de télécharger ces lettres. Alexandra Arkhipova et Iouri Lapchine les ont passées au crible et en ont tiré cet abécédaire. Au-delà du front, ces mots sont maintenant entrés dans le langage quotidien en Russie.
Птичка : Oiseau
Le terme russe ptitchka, littéralement « petit oiseau », désigne un drone. L’opérateur de drone est appelé le ptitchnik. En russe courant, ce mot décrit une personne qui s’occupe d’oiseaux ; dans l’argot du front, c’est « l’oiseleur », le pilote des « oiseaux » militaires. On pourrait presque parler d’un fauconnier des drones. C’est une spécialité prestigieuse. Mais les erreurs du ptitchnik se paient en roubles. Si un opérateur russe perd son drone ou si ce dernier est abattu, son commandant peut l’obliger à en acheter un nouveau à ses frais ; le prix le plus bas équivaut à près de 1 600 euros.
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