Emmanuel Macron rend hommage à Alfred Dreyfus à l’occasion d’une première journée nationale contre l’antisémitisme en France
Emmanuel Macron doit rendre hommage, dimanche 12 juillet, à Alfred Dreyfus, officier juif condamné à tort au terme d’un procès retentissant à la fin du XIXe siècle, ainsi qu’à tous ceux qui luttèrent pour sa réhabilitation et poursuivent aujourd’hui le combat contre l’antisémitisme.
A Paris, le chef de l’Etat présidera à 12 h 30 la première journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus, 120 ans jour pour jour après la décision de la Cour de cassation de le réhabiliter.
La cérémonie aura lieu tout près de la cour, sur l’île de la Cité, en présence des descendants d’Alfred Dreyfus, de représentants de l’Etat et d’élus. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, prendra aussi la parole, de même que le petit-fils du capitaine, Charles Dreyfus, 99 ans, une des dernières personnes encore vivantes à l’avoir connu.
Accusé de haute trahison en faveur de l’Allemagne – alors ennemie jurée de la France – sur la base de fausses preuves, Alfred Dreyfus fut condamné à la déportation à perpétuité le 22 décembre 1894 dans un climat politique enflammé par un antisémitisme profondément enraciné. Entre son arrestation, en octobre 1894, et sa réhabilitation officielle, le 12 juillet 1906, il va connaître deux procès et le bagne dans la redoutable île du Diable, en Guyane.
« Cette journée symbolise la victoire de la justice et de la vérité sur l’arbitraire et le mensonge, ainsi que la lutte contre l’antisémitisme », relève l’Elysée. Instaurée par le président un an avant la fin de son mandat, elle « aura lieu chaque année le 12 juillet » et rendra aussi hommage aux « dreyfusards », à commencer par l’écrivain Emile Zola, qui œuvrèrent pour faire reconnaître son innocence, souligne la présidence.
Geste fort
Emmanuel Macron poursuit ainsi un long travail mémoriel ponctué par six entrées au Panthéon, dont celle de l’historien et résistant Marc Bloch, le 23 juin. « A travers Alfred Dreyfus et ses défenseurs, c’est l’ensemble de la Nation qui se voit rappelée à son devoir de vigilance et de persévérance », poursuit l’Elysée. Les actes antisémites – 1 320 en 2025 – n’ont jamais été aussi nombreux en France que pendant les trois dernières années, selon le ministère de l’intérieur.
Dans ce contexte, le président va annoncer une « initiative rendant hommage à tous ceux qui se sont inscrits dans le chemin ouvert par les dreyfusards », affirme l’Elysée. Le gouvernement a présenté de son côté jeudi un projet de loi instaurant une peine d’inéligibilité pour les élus coupables de « faits très graves de racisme ou d’antisémitisme ».
Dans ce long cheminement de réhabilitation, le Parlement a aussi élevé, en 2025, Alfred Dreyfus au rang de général de brigade, grade auquel cet officier brillant aurait pu prétendre si son destin n’avait brutalement basculé.
Autre geste fort, une statue représentant le capitaine dans la cour de l’Ecole militaire, le 5 janvier 1895, le sabre brisé mais toujours au garde-à-vous, est aussi désormais érigée sur la place où se tiendra la cérémonie.
Commandée à l’artiste Louis Mittelberg, dit « Tim », par le ministre de la culture Jack Lang en 1984, elle devait initialement être dressée à l’Ecole militaire avant de changer de place, devant les réticences de l’armée, et d’entamer une longue errance dans Paris.
« Au bout de quarante ans elle est enfin installée dans un lieu symboliquement très important. On est ravi, en particulier mon père qui y tenait beaucoup », souligne l’arrière-petit-fils du capitaine et fils de Charles, Michel Dreyfus, joint par l’Agence France-Presse (AFP).
Lors du 100e anniversaire de la réhabilitation, en 2006, le président, Jacques Chirac, organisa également une cérémonie nationale d’hommage, à l’Ecole militaire. Mais il n’alla pas, comme Emmanuel Macron vingt ans plus tard, jusqu’à faire entrer Alfred Dreyfus au Panthéon malgré les appels en ce sens.