Politique

Emmanuel Macron rend hommage à Alfred Dreyfus et dénonce la résurgence de l’antisémitisme : « Les vieux démons n’ont jamais totalement disparu de notre pays »

Emmanuel Macron rend hommage à Alfred Dreyfus et dénonce la résurgence de l’antisémitisme : « Les vieux démons n’ont jamais totalement disparu de notre pays »

Emmanuel Macron a rendu hommage, dimanche 12 juillet, à Alfred Dreyfus, officier juif condamné à tort au terme d’un procès retentissant à la fin du XIXe siècle, ainsi qu’à tous ceux qui luttèrent pour sa réhabilitation et poursuivent aujourd’hui le combat contre l’antisémitisme. A Paris, le chef de l’Etat a présidé la première journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus, 120 ans jour pour jour après la décision de la Cour de cassation de le réhabiliter.

« Etre dreyfusard en 1898, ce n’était pas rejoindre le camp du confort ou de la popularité, c’était s’exposer minoritaire à l’hostilité de son propre milieu, parfois de sa propre famille, a notamment dit M. Macron. Dans un temps où l’instantanéité des réseaux et la viralité de l’accusation peuvent broyer une réputation en quelques heures, sans autre forme de procès que celui mené par les meutes, le dreyfusisme nous enseigne que l’exigence de vérité n’a jamais été aussi nécessaire ».

« Le dreyfusisme nous rappelle que l’antisémitisme, quelle qu’en soit la racine ou les explications prétendues, est l’ennemi de la République, a-t-il déclaré par ailleurs. Or, nous savons que les vieux démons de l’antisémitisme n’ont jamais totalement disparu de notre pays. Nous le savons parce que les actes antisémites, loin de s’éteindre, continuent de frapper des personnes en raison de ce qu’ils sont. »

La cérémonie a lieu tout près de la cour, sur l’île de la Cité, en présence des descendants d’Alfred Dreyfus, de représentants de l’Etat et d’élus. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a pris la parole, de même que le petit-fils du capitaine, Charles Dreyfus, 99 ans, une des dernières personnes encore vivantes à l’avoir connu.

Accusé de haute trahison en faveur de l’Allemagne – alors ennemie jurée de la France – sur la base de fausses preuves, Alfred Dreyfus fut condamné à la déportation à perpétuité le 22 décembre 1894 dans un climat politique enflammé par un antisémitisme profondément enraciné. Entre son arrestation, en octobre 1894, et sa réhabilitation officielle, le 12 juillet 1906, il va connaître deux procès et le bagne dans la redoutable île du Diable, en Guyane.

Geste fort

Emmanuel Macron poursuit ainsi un long travail mémoriel ponctué par six entrées au Panthéon, dont celle de l’historien et résistant Marc Bloch, le 23 juin. « Le dreyfusisme n’est pas un souvenir, c’est un état d’esprit qui refuse que l’appartenance d’un homme à une religion, une origine, une communauté puisse devenir l’alibi permettant de le livrer en pâture à une justice et une opinion aveugle », a déclaré le président, dimanche. Pendant son discours, M. Macron a évoqué les Justes français pendant la seconde guerre mondiale, appelant les collectivités à ce que leurs noms soient apposés « sur chaque maison, chaque immeuble, chaque lieu où des Juifs furent abrités, hébergés, sauvés » à l’occasion du vingtième anniversaire de leur entrée au Panthéon, décidée en 2006 par Jacques Chirac.

Dans ce long cheminement de réhabilitation, le Parlement a aussi élevé, en 2025, Alfred Dreyfus au rang de général de brigade, grade auquel cet officier brillant aurait pu prétendre si son destin n’avait brutalement basculé. Autre geste fort, une statue représentant le capitaine dans la cour de l’Ecole militaire, le 5 janvier 1895, le sabre brisé mais toujours au garde-à-vous, est aussi désormais érigée sur la place où se tiendra la cérémonie.

Commandée à l’artiste Louis Mittelberg, dit « Tim », par le ministre de la culture Jack Lang en 1984, elle devait initialement être dressée à l’Ecole militaire avant de changer de place, devant les réticences de l’armée, et d’entamer une longue errance dans Paris.

« Au bout de quarante ans elle est enfin installée dans un lieu symboliquement très important. On est ravi, en particulier mon père qui y tenait beaucoup », souligne l’arrière-petit-fils du capitaine et fils de Charles, Michel Dreyfus, joint par l’Agence France-Presse (AFP).

Lors du 100e anniversaire de la réhabilitation, en 2006, le président, Jacques Chirac, organisa également une cérémonie nationale d’hommage, à l’Ecole militaire. Mais il n’alla pas, comme Emmanuel Macron vingt ans plus tard, jusqu’à faire entrer Alfred Dreyfus au Panthéon malgré les appels en ce sens.

Vous avez peut-être manqué