« Foreign Tongues », le nouvel album des Rolling Stones, surfe sur une seconde jeunesse
Depuis combien de temps n’avions-nous pas eu envie d’écouter en concert des titres d’un nouveau disque des Rolling Stones ? Pas si longtemps, en fait, puisqu’en 2023, Hackney Diamonds, leur 24e album, le premier à inclure des chansons originales depuis 2005, annonçait une renaissance artistique inattendue. Porté par des titres comme Angry ou Sweet Sounds of Heaven, il cassait la malédiction de ces légendes dont on attend surtout qu’elles nous bercent de leurs classiques.
En grande partie constitué de morceaux composés à la même période, soit deux ans après la mort de Charlie Watts (1941-2021), leur iconique batteur, Foreign Tongues surfe sur cette seconde jeunesse. Sans concurrencer les indispensables Beggars Banquet (1968), Let It Bleed (1969), Sticky Fingers (1971) ou Exile on Main Street (1972), mais surpassant la plupart des albums compris entre le début des années 1980 et celui des années 2000 (Undercover, Steel Wheels, Voodoo Lounge…). Grâce à un regain d’inspiration mélodique et de tranchant.
Encore plus aiguisé que la production de Hackney Diamonds, qui laissait moins de place aux guitares, le son de ce 25e chapitre s’électrise comme saisie par l’urgence d’une carrière se rapprochant d’une inéluctable fin. L’attaque mordante de Rough and Twisted en témoigne en ouverture d’album. Bardé de riffs blues-rock, le titre s’enracine dans leur passion originelle pour les seigneurs du Mississippi et de Chicago, en revitalisant ces éternels accords avec une énergie pouvant rappeler la réjouissante brutalité des Black Keys.
Ici, comme sur l’essentiel de l’album, ne pas s’attendre à ce que les Stones sortent de leur zone de confort. Cette façon de revisiter les musiques populaires américaines fait partie de leur identité, avec désormais leur lot de clichés, poses, maniérismes et vieilles recettes. Peut-on leur reprocher de les avoir inventés ? D’autant qu’ils les rejouent avec une ferveur qui ne se contente pas de nostalgie. A l’instar du funky Jealous Lover, dont le falsetto rappellera inévitablement celui de Beast of Burden (1978) ou d’Emotional Rescue (1980), tout en trouvant l’allant d’un excellent single.
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