Max Verstappen rêvait d’une performance mémorable au Grand Prix des Pays-Bas. La course marquait le retour de la formule 1 (F1) après un mois de trêve estivale et le quadruple champion du monde (2021-2024), sixième au classement des pilotes, espérait profiter de l’occasion pour réduire son retard sur l’Italien Kimi Antonelli, actuel leader. Mais l’enjeu était surtout symbolique pour le Néerlandais de l’écurie Red Bull : il voulait briller une dernière fois devant son public, dimanche 23 août, pour la toute dernière édition de l’épreuve sur le circuit de Zandvoort.
Devant la marée orange massée dans les tribunes au milieu des dunes, le héros local n’aura même pas bouclé le premier tour : parti à la faute dans le dernier virage, il a heurté le mur. Un choc violent, sans gravité pour lui mais fatal pour sa monoplace. C’est le Britannique Lando Norris (McLaren), déjà vainqueur dans la station balnéaire de la mer du Nord en 2024, qui s’est imposé. Les pilotes Mercedes Kimi Antonelli, 2e, et George Russell, 3e après une longue lutte avec Lewis Hamilton (Ferrari), complètent le podium.
Pas de quoi gâcher la fête. Du moins pas complètement, car les adieux du Grand Prix des Pays-Bas laissent un goût amer aux pilotes autant qu’aux amateurs de F1. De retour au programme du championnat du monde en 2021, après trente-six ans d’absence, le rendez-vous de Zandvoort s’était imposé ces dernières années comme l’une des manches les plus attendues de la saison. Ses tribunes étaient systématiquement combles avec des centaines de milliers de visiteurs chaque année. Son tracé, aux virages rapides et dévers importants, autant que sa météo imprévisible y garantissaient du spectacle.
« C’est une course formidable », résumait le Mexicain Sergio Pérez (Cadillac), à l’unisson de ses concurrents, avant le coup d’envoi de cette ultime édition. « Si cela ne tenait qu’à moi, je [la] garderais au calendrier », abondait Lando Norris. Max Verstappen, lui, a déploré l’arrêt d’« un des meilleurs circuits du calendrier, qui requiert un pilotage vieille école ».
Considéré comme l’un des événements les plus durables de la F1, le Grand Prix des Pays-Bas avait également mis en place une série de mesures pour réduire son impact environnemental : un plan de mobilité privilégiant les transports en commun et le vélo, utilisés par 98 % des spectateurs pour se rendre sur le site, une alimentation du paddock en électricité verte ainsi qu’un système de tri des déchets. Malgré ces efforts, l’épreuve restait critiquée par une partie des écologistes, notamment en raison de la proximité du circuit avec une zone naturelle protégée.
Augmentation des coûts
Le rendez-vous de Zandvoort n’était pas une épreuve en perte de vitesse, vouée à disparaître progressivement. Reste que les incertitudes liées à son modèle économique ont précipité sa fin, alors que le contrat qui liait les organisateurs locaux à la F1 arrivait à son terme.
Contrairement à d’autres Grands Prix, notamment ceux organisés au Moyen-Orient, qui bénéficient d’un important soutien financier des Etats, le Grand Prix des Pays-Bas reposait principalement sur des financements privés. Avec l’augmentation des coûts d’organisation et des droits versés à la F1 pour accueillir une manche du championnat du monde, il aurait fallu relever davantage le prix des billets pour préserver la rentabilité de l’épreuve, au risque de rendre les places trop chères pour le public.
Un pari d’autant plus risqué que les organisateurs redoutaient une baisse de la fréquentation à l’avenir, notamment si la popularité de Max Verstappen s’érodait. Le pilote néerlandais a en effet été le principal moteur du succès de l’épreuve, remportant trois des quatre premières éditions et contribuant à y attirer une foule toujours plus nombreuse. Cet engouement perdurerait-il sans une présence régulière de « Mad Max » aux avant-postes ?
Une solution proposée par la F1 consistait à partager le calendrier avec un autre circuit européen, en alternant les courses d’une saison à l’autre. Spa-Francorchamp, en Belgique, a choisi cette formule, en accueillant quatre Grands Prix sur six ans, à partir de 2026. Tout comme Barcelone, qui partage sa place avec le nouveau Grand Prix de Madrid. Un modèle peu viable pour Zandvoort, qui a décliné la proposition et acté la fin d’une belle histoire.
Dimanche, peu après 17 heures, l’Espagnol Carlos Sainz Jr a été le dernier pilote à franchir la ligne. Le Grand Prix des Pays-Bas tire sa révérence sur un dernier succès populaire et commercial. La saison prochaine, c’est le circuit de Portimao, au Portugal, qui prendra le relais.