Bien que plusieurs présidents de la Fédération internationale de football (FIFA) aient tenté de la rendre biennale, la Coupe du monde se fait encore attendre quatre ans, autant dire une éternité pour notre époque, qui vit à un rythme frénétique. Ce moment suspendu, ce mois de football en été, nous apparaît d’autant plus précieux.
L’édition 2026, qui pour la première fois réunit 48 équipes, a cependant étiré ce mois sur près de quarante jours. Elle reste scindée entre une phase de groupes dense et celle, fatale, à élimination directe, mais la première s’éternise sur 72 matchs pour n’éliminer que 16 sélections. La seconde lance ensuite un tournoi à 32 participants, soit autant d’engagés que dans la formule précédente. Du match d’ouverture, jeudi 11 juin, au dernier quart de finale, dimanche 12 juillet, le calendrier ne prévoit aucun jour de répit.
La parenthèse enchantée du Mondial, ainsi converti au gigantisme et à l’économie de la profusion qui régit l’univers du ballon rond, perd symboliquement de sa valeur. Parallèlement, la Coupe du monde 2026 ne bouleverse pas seulement la temporalité de la compétition, mais aussi celle du jeu. C’est accessoire, mais les coups d’envoi sont presque toujours donnés en retard, effet de l’hypertrophie de la cérémonie d’avant-match. On a aussi constaté – notamment lors du duel entre la France et l’Irak, lundi 22 juin – la pratique locale des longues interruptions pour cause de risque orageux.
Rencontres fragmentées
C’est la gestion du temps de jeu qui subit le plus grand préjudice. Les « pauses fraîcheur », qui sont en réalité des pauses publicitaires, confirment leurs effets désastreux sur le rythme et la continuité des rencontres, alors que ces facteurs sont essentiels à la qualité du spectacle. Pour des mobiles mercantiles, on altère cette qualité et on encourage l’inattention du spectateur.
S’ajoutant aux interruptions liées à l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) et aux remplacements portés à cinq depuis 2020, ces arrêts contribuent à fragmenter les rencontres, à contre-courant des évolutions des règles qui, au cours des années 1990, avaient limité efficacement les pertes de temps. Certaines secondes périodes s’enlisent dans une succession de sessions de remplacement, de soins prodigués à un blessé, d’intervention de la VAR et d’écrans publicitaires.
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