Chroniques de guerre

La leçon de résilience de l’Ukraine

La leçon de résilience de l’Ukraine

La chute en Roumanie d’un drone identifié comme russe par les autorités du pays, vendredi 29 mai, comme auparavant les frappes meurtrières qui ont touché Kiev les 23 et 24 mai, a rappelé que la guerre d’agression lancée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine ne faiblit pas. Eclipsée par l’attaque conduite par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, le 28 février, et par ses répercussions sur l’économie mondiale, cette guerre est entrée dans sa cinquième année, et son unique responsable continue de miser sur l’épuisement de l’armée et de la population ukrainiennes, soumise à des bombardements indiscriminés permanents, comme sur la lassitude de leurs alliés européens.

Le maître du Kremlin avait sans doute pensé que le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, il y a plus d’un an, allait accélérer le cours de l’histoire en sa faveur. Non sans bonnes raisons. Le président des Etats-Unis a en effet abandonné en rase campagne l’Ukraine après avoir humilié son président devant les caméras du monde entier. Et il n’a eu de cesse de fragiliser l’OTAN, une autre cible de la Russie.

Incapable de désigner Moscou comme fauteur de guerre, son administration, dont les principaux émissaires ne se sont jamais rendus à Kiev, pensait sans doute que, privé de l’aide militaire américaine, le président Volodymyr Zelensky finirait par plier et se soumettre aux conditions léonines édictées Vladimir Poutine. L’inéluctabilité de cette capitulation ukrainienne est pourtant remise en cause depuis plusieurs semaines.

La défaite aux élections législatives du 12 avril du premier ministre hongrois sortant, Viktor Orban, prorusse notoire, a évidemment levé l’obstacle qui bloquait un prêt européen vital de 90 milliards d’euros à destination de l’Ukraine. Mais ce sont surtout les progrès considérables enregistrés par l’armée ukrainienne dans le recours aux drones armés qui redonnent des marges de manœuvre à Kiev.

Atermoiements

Ces progrès restent évidemment fragiles, mais cette capacité de nuisance retrouvée place ponctuellement le Kremlin sur la défensive. En témoignent la version dégradée de la parade célébrant la victoire de 1945, le 9 mai à Moscou, par crainte de raids ukrainiens, comme les frappes en profondeur dont le territoire russe fait désormais l’expérience.

Pendant les premières années de cette guerre, les responsables de l’Ukraine ont trop souvent été tributaires des atermoiements des Etats-Unis et de l’Union européenne. Ces derniers ont notamment bridé leur capacité d’action en refusant de mettre à leur disposition des missiles à longue portée, abandonnant ainsi l’avantage de l’escalade à Moscou.

Ce frein a en partie sauté du fait de la supériorité technologique affichée désormais par les Ukrainiens. Leurs progrès ont privé en outre Vladimir Poutine de l’argument selon lequel la guerre qu’il a déclenchée se prolongerait uniquement du fait du soutien militaire occidental à Kiev, comme le rabâchent sans faiblir les propagandistes du Kremlin, qui ont antenne ouverte en France.

Cette impressionnante capacité d’adaptation de l’Ukraine, qui lui permet de faire mieux que se défendre face à un ennemi pourtant bien plus puissant, rappelle une évidence. Contrairement à ce que pense Donald Trump, c’est bien son renforcement et non son attrition qui forcera Vladimir Poutine à mettre fin à la guerre. Et il en va de même pour l’OTAN, à l’heure où Washington envisage de retirer des troupes du continent européen.

Vous avez peut-être manqué