Alors que les tensions dans le détroit d’Ormuz se poursuivent, le monde est entré dans une nouvelle ère : celle de l’impérialisme des ressources, dominé par les rivalités entre grandes puissances, explique l’historien et économiste Arnaud Orain. Dans son ouvrage Le Monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIe-XXIe siècle) (Flammarion, 2025), il décrit la fin d’un espace maritime où la liberté de navigation était garantie par l’hégémonie américaine pour voir la réapparition de « silos impériaux », où les ports sont contrôlés et sécurisés par des pays et des armateurs.
Les grandes puissances considèrent les ports comme vitaux pour leur sécurité. Pourquoi sont-ils à ce point redevenus stratégiques ?
Les ports sont d’abord incontournables parce que les matières premières sont redevenues cruciales. Il faut évoquer la consommation en hausse de protéines animales, et plus généralement de nourriture, mais aussi les minerais, de nouveau stratégiques avec l’essor du numérique, de la défense et de la transition énergétique.
Ensuite, le contexte géopolitique a changé. Dans le monde sous hégémonie américaine, les ports n’avaient pas vraiment besoin d’être sécurisés. Alors que la sécurité s’affaisse, les pays et les armateurs veulent les contrôler et les sécuriser par eux-mêmes. Ils veulent choisir ou repousser certains opérateurs.
Enfin, lorsque les mers redeviennent dangereuses, il faut pouvoir se mettre à l’abri, se garantir des accès différenciés, stocker. Les ports deviennent essentiels. Ils sont des actifs stratégiques, car ils garantissent un approvisionnement et permettent de sécuriser des marchés à l’exportation. Ils peuvent aussi être utilisés comme têtes de pont par des Etats qui souhaitent étendre leur influence. Et là, je pense à la Chine.
La Chine a des participations dans 145 ports à l’étranger. Quel objectif poursuit-elle ?
Les ports contrôlés par Pékin peuvent avoir un double usage, civil et militaire. Il s’agit moins d’y envoyer de grands navires de l’Armée populaire de libération que de développer des activités duales et de brouiller les lignes.
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