On dit parfois qu’avec l’habitude, on se fait à tout. Ce pourrait être le cas pour les supporteurs allemands vis-à-vis de leur équipe nationale de football. Lundi soir, aux Etats-Unis, la Mannschaft a été battue par le Paraguay à l’issue d’une séance de tirs au but (1-1, t.a.b. 3-4). Cette défaite est synonyme d’élimination de la Coupe du monde 2026. Une nouvelle fois pour les footballeurs allemands ; une troisième fois d’affilée, pour être précis.
Même si, lors des deux précédentes éditions du Mondial, en 2018 en Russie et en 2022 au Qatar, la sélection allemande n’avait pas dépassé le stade de la phase de groupes, le fait qu’elle soit allée un peu plus loin cette année n’est pas de nature à satisfaire qui que ce soit. Au contraire. Dans l’immédiat, pour les fans, c’est une mauvaise habitude qui s’installe, et il va falloir qu’ils s’y résolvent, comme le prévient la chaîne de télévision américaine ESPN : « C’est officiel, l’Allemagne n’est plus une superpuissance du football. » « Quiconque se fait mettre K.-O. par cet adversaire [le Paraguay] n’a pas sa place parmi l’élite mondiale », confirme le quotidien allemand Der Spiegel, dont l’un des titres est « Le déclin d’une nation de football autrefois prestigieuse ».
La presse allemande n’a pas de mots assez durs pour qualifier la prestation d’une Mannschaft qui, dans des temps désormais un peu lointains, fut quatre fois championne du monde (en 1954, 1974, 1990 et 2014). « Nouveau cauchemar pour le football allemand. Elimination embarrassante », titre ainsi le tabloïd Bild en une de son site Internet, mentionnant une « performance désastreuse » et un « non-match absolu ». L’Allemagne a « oublié de se battre », souligne de son côté le quotidien britannique The Independent, quand la Süddeutsche Zeitung déplore une rencontre au cours de laquelle on a eu « l’impression que quelqu’un avait appuyé sur le bouton ralenti ». Il s’agit là d’une « nouvelle humiliation », ajoute le journal.
« L’échec de l’équipe est celui de Nagelsmann »
Après ce nouvel échec, la presse allemande se projette d’ores et déjà sur l’avenir de l’équipe. Une perspective dans laquelle elle ne voit plus vraiment de place pour un homme : Julian Nagelsmann, le sélectionneur à la tête de la Mannschaft. « Le mandat de Nagelsmann à la tête de la sélection va-t-il désormais s’achever là où il a commencé ? », s’interroge la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ).
Et si Der Spiegel considère que « l’avenir de l’entraîneur est incertain », la FAZ répond à sa propre question de façon tranchée : « Cette relation [entre le sélectionneur et l’équipe] ne peut pas être sauvée. » Selon le journal, Julian Nagelsmann, qui avait pris, à l’automne 2023, les rênes d’une équipe nationale déjà en crise, a « largement surestimé aussi bien son équipe que ses propres capacités ». « Bon nombre de [ses] décisions se sont retournées contre l’équipe face au Paraguay », considère, de la même manière, Die Zeit.
Pour autant, Kicker estime qu’il serait « beaucoup trop simpliste de faire porter à Julian Nagelsmann seul la responsabilité de cet échec ». « Les raisons sont multiples », ajoute le bihebdomadaire spécialisé dans le football. « On ne peut pas imputer toute la responsabilité » au sélectionneur allemand, reconnaît également Der Spiegel, avant d’ajouter aussitôt : « L’échec de l’équipe est celui de Nagelsmann. »
Evoquant un « longue et douloureuse épreuve » qui s’ouvre pour le coach, The Telegraph rappelle que celui-ci a « néanmoins promis de continuer le combat ». Et le quotidien britannique de citer Julian Nagelsmann, qui a déclaré : « Si la DFB [Fédération allemande de football] souhaite que je reste jusqu’en 2028, je le ferai. Si ce n’est pas le cas, je partirai. Je ne suis pas du genre à fuir. » The Telegraphe salue une « preuve admirable d’engagement de la part d’un homme dont le cœur devait être en miettes ». Mais pour mieux l’étriller dans la foulée : « La seule volonté de résister ne suffit pas dans de telles circonstances. » Car, selon le journal britannique, on aurait affaire là à une « véritable blessure à l’identité même de l’Allemagne ».