Distinguer la création humaine des productions artificielles. Plusieurs grandes organisations professionnelles de l’industrie musicale ont présenté, vendredi 10 juillet, un label visant à identifier clairement les contenus créés avec l’intelligence artificielle (IA) générative. Elles souhaitent que ce dispositif soit largement adopté, en particulier par les plateformes de streaming.
L’initiative est menée par la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI) et l’association professionnelle américaine RIAA. Elle comprend également les Grammys – qui récompensent chaque année les artistes et professionnels de la musique aux Etats-Unis –, ainsi que plusieurs instances de représentation de la musique indépendante.
L’industrie propose deux labels. Le premier, « généré par IA », concerne les cas où l’intelligence artificielle « a été utilisée pour générer la totalité ou l’essentiel des éléments créatifs d’un morceau ». Sont mentionnés la musique « intégralement générée par des prompts », mais aussi les titres dont « la performance vocale principale » ou « une partie instrumentale essentielle » ont été générées par l’IA, selon un communiqué.
Le second label, « assisté par l’IA », s’applique aux morceaux « avec une dimension humaine substantielle dans la création », mais qui ont eu recours à l’IA pour certains éléments. Pour que le titre entre dans cette catégorie, et non dans le label « généré par IA », les parties instrumentales principales et les passages chantés, s’il y en a, doivent être réalisés par des humains.
Les organisations à l’origine de cette nomenclature « vont travailler à une mise en place avec les services de musique numérique [les services de streaming], les distributeurs, les agrégateurs et les instances normatives ». A ce jour, parmi les grandes plateformes de musique en ligne, seul le Français Deezer signale systématiquement les morceaux générés par IA.
De la « transparence » pour les auditeurs
Fin avril, Spotify a lancé un label « Verified by Spotify » (vérifié par Spotify, en français), attribué selon plusieurs critères, signifiant que l’artiste ou le groupe est vraisemblablement humain et non un avatar d’intelligence artificielle.
Sollicité par l’Agence France-Presse (AFP) au sujet des labels annoncés vendredi par l’industrie, Spotify s’est refusé à tout commentaire. Apple Music n’a pas donné suite dans l’immédiat.
Le directeur général de la Digital Media Association (DIMA), organe de représentation des services de streaming audio, Graham Davies, a déclaré à l’AFP suivre « de près l’annonce d’aujourd’hui », sans se prononcer sur le principe des labels.
« Nous sommes enthousiastes à l’idée de recevoir des métadonnées IA plus détaillées et fiables », a-t-il dit, « ce qui renforcera nos capacités à offrir aux fans la transparence à laquelle ils ont droit ».
Les métadonnées sont des renseignements complémentaires aux informations qui apparaissent dans la fiche signalétique d’un morceau. En juin, Deezer a mis en ligne un détecteur gratuit permettant aux utilisateurs des principales plateformes de streaming de scanner leurs playlists pour y repérer d’éventuels contenus intégralement conçus avec l’IA.
« Il est encourageant de voir des mesures prises en faveur d’une approche unifiée de l’IA générative dans le domaine de la musique », a réagi Deezer auprès de l’AFP. La plateforme française s’est dite « prête à soutenir l’élaboration d’un cadre commun à l’ensemble du secteur ».