Manifestants blessés : des avocats annoncent qu’ils vont saisir la Cour de justice de la République contre Laurent Nuñez, le ministre de l’intérieur
Les avocats d’au moins 18 personnes blessées lors de la mobilisation sociale en France contre la vie chère et les conditions d’études ont annoncé leur intention de saisir la Cour de justice de la République contre le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, vendredi 6 novembre, au lendemain de la journée nationale d’action pour les salaires et le pouvoir d’achat, qui a réuni entre 575 000 et près d’1,6 million de manifestants.
Jusqu’à présent « nous avons utilisé des qualifications graves (…), nous pensons aujourd’hui qu’il est impératif de viser celui qui est à l’origine des mutilations et des dégâts massifs, à savoir le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, (…) pour les ordres qu’il a donnés de l’usage de ces armes qu’il sait mutilantes, qu’il sait être des armes de guerre, qu’il sait ne pas devoir être utilisées dans le maintien de l’ordre », a déclaré Arié Alimi lors d’une conférence de presse à Paris concernant cette plainte collective qui sera présentée d’ici « trois semaines ».
Plusieurs jeunes manifestants ont eu la main arrachée lors de manifestations. A Lens, Evan, adolescent de 15 ans, a perdu la main gauche et a été partiellement amputé de la main droite après l’explosion d’une grenade policière. D’après le parquet de Béthune, la grenade tirée à longue distance a « atterri au sol » avant que l’un des manifestants « ne s’en empare jusqu’à ce qu’elle explose ». L’adolescent dément l’avoir ramassée, selon ses avocats. Le 17 octobre, un autre jeune de 17 ans qui participait à une manifestation à Saint-Etienne a eu la main arrachée par une grenade lancée par les forces de l’ordre.
A Toulouse, un jeune homme de 20 ans a été grièvement blessé à la main droite, « avec arrachage de plusieurs doigts », à cause de l’explosion d’un engin à proximité, selon un « street medic » (secouristes bénévoles intervenant dans les cortèges) qui l’a pris en charge.
D’autres ont été grièvement blessés au visage et ont, pour certains, perdu l’usage d’un œil. Maël, lycéen de 16 ans, a perdu l’usage d’un œil le 30 septembre après des incidents survenus lors du blocage du lycée Balzac à Tours, une blessure « compatible » avec un tir de lanceur de balles de défense, selon le parquet. Un policier a été mis en examen pour « violences aggravées » et placé sous contrôle judiciaire.
Plus de 100 enquêtes confiées à l’IGPN
A Mulhouse, une adolescente de 17 ans a déposé plainte, mercredi 28 octobre, après avoir été éborgnée, vraisemblablement par un tir de grenade lacrymogène, lors de la manifestation du 17 octobre à laquelle elle ne participait pas. Plusieurs autres lycéens et manifestants ont été victimes de graves blessures à l’œil, sans en perdre l’usage : un adolescent de 16 ans à Argenteuil le 1er octobre, un jeune homme de 19 ans à Poitiers le 24 octobre, un adolescent de 17 ans à Dijon le 17 octobre, un homme de 27 ans à Strasbourg le 17 octobre, et une manifestante à Amiens le 24 octobre.
Ahmed B., photographe de 25 ans, a été touché à l’artère fémorale par un tir de grenade policière le 17 octobre, place de la République à Paris. Transporté par des manifestants jusqu’à une ambulance, il a été opéré en urgence et a été « sauvé in extremis », selon son avocat, Arié Alimi, qui a déposé plainte pour « tentative de meurtre ». Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « violence par une personne dépositaire de l’autorité publique, suivie de mutilation ou infirmité permanente, lors de manifestation sur la voie publique », confiée à l’IGPN.
Le 26 septembre, Eden, lycéen de 14 ans, a eu la mâchoire fracturée et les dents cassées après un tir de lance-grenade d’un policier, lors du mouvement lycéen. « Il a la mâchoire scellée, il ne peut plus parler et il s’alimente avec une paille », avait témoigné sa mère. Le policier auteur du tir a été mis en examen pour violences.
En Guadeloupe, Wendy, 23 ans, a été grièvement percuté par une voiture de gendarmerie dans la nuit du 20 au 21 octobre près d’une barricade, en marge de la mobilisation : plongé dans le coma, il a été transféré dans l’Hexagone et reste dans un état critique. Le parquet de Basse-Terre a ouvert une enquête pour « blessures volontaires par conducteur de véhicule », confiée à l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN).
Selon un décompte établi au 30 octobre, l’inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de 105 enquêtes, dont 52 dans le cadre du mouvement lycéen, 48 pour des violences les 17 et 18 octobre, et cinq pour des faits du 24 octobre, selon une source proche du dossier consultée par l’Agence France-Presse.