Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire (Parti socialiste), propose qu’une partie de la place de la Nation porte les noms de Zyed Benna et Bouna Traoré, dont la mort en 2005 à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, alors qu’ils tentaient d’échapper à la poursuite de la police, avait entraîné une série d’émeutes en France, selon une tribune publiée, vendredi 6 novembre, par Libération.
« Lors du prochain Conseil de Paris, nous proposerons qu’une emprise de la place de la Nation porte le nom de Zyed Benna et Bouna Traoré. Dans ce lieu si emblématique de la capitale, des milliers de personnes passeront quotidiennement devant cette plaque et se souviendront de leur histoire », écrivent M. Grégoire, son adjointe Laurence Patrice, le maire du 11e arrondissement, David Belliard, et la maire du 12e, Lucie Castets.
Le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois, Zyed, 17 ans, et Bouna, 15 ans, mouraient électrocutés dans un transformateur EDF où ils avaient voulu se réfugier pour échapper à la police, paniqués, après une course-poursuite, bien qu’ils n’aient rien à se reprocher. L’annonce de leur mort puis le fait que les autorités avaient d’abord nié la réalité de la course-poursuite et évoqué à tort une tentative de cambriolage sur un chantier, avaient servi de détonateurs à une révolte des banlieues d’une telle ampleur que le pays avait été placé en état d’urgence.
« La situation ne s’est pas améliorée depuis »
Les quatre élus proposent que les noms des deux adolescents soient inscrits au pied de l’imposant bronze sculpté par Jules Dalou, Le Triomphe de la République. « Zyed Benna et Bouna Traoré étaient des enfants de la République », insistent-ils, en soulignant la responsabilité particulière de Paris dans ce devoir de mémoire, parce que leurs pères travaillaient dans la capitale en tant qu’agents de propreté.
« Il est peu dire que la situation ne s’est pas améliorée depuis » la mort des deux adolescents, jugent les quatre élus. « Les habitantes et les habitants des quartiers populaires continuent à souffrir du racisme, de la pauvreté et d’un système éducatif à deux vitesses », ajoutent-ils, avant d’affirmer que la République « ne garantit pas l’égalité des droits » et « fait des différences parmi ses enfants ». « Les relations entre la police et la population se sont endurcies, entraînant de multiples drames et de nouvelles violences », écrivent-ils aussi.
Située à l’est de Paris, la place de la Nation, entre Bastille et le bois de Vincennes, est le point d’arrivée de nombreuses manifestations.