Voir Budapest au printemps cette année, pour une équipe de sport hexagonale, signifie repartir de Hongrie avec la Ligue des champions dans ses bagages. Quelques semaines après le sacre du PSG face à Arsenal, en football au masculin, les Dragonnes de Metz ont détrôné l’ogre Györ et ses sept Ligues des champions – dont les deux dernières éditions –, en finale de la Ligue des champions féminine de handball (31-29). Le premier sacre continental du handball au féminin tricolore, et un aboutissement pour le club lorrain, toujours placé mais jamais gagnant ces dernières années.
« Ça fait 60 ans que le club existe, et ça fait 60 ans qu’on attend ce moment », avait martelé l’entraîneur messin, Emmanuel Mayonnade, à ses troupes avant le coup d’envoi de la finale. La veille, les Dragonnes étaient enfin parvenues à franchir le cap des demi-finales du « Final four », sur lequel elles s’étaient heurtées avec obstination à quatre reprises. « Il y a eu tellement de larmes ces dernières années, reconnaissait Chloé Valentini, la capitaine messine citée par L’Equipe, samedi, après la victoire face au CSM Bucarest en demi-finale (32-27). On a toutes envie de ramener ce trophée, celui qui manque à Metz Handball. »
Place forte du championnat de France depuis plusieurs décennies – à l’instigation, notamment, d’Olivier Krumbholz, qui portera ce qui s’appelait alors encore l’ASPTT Metz au sommet du handball français avant de prendre avec brio les rênes de l’équipe de France féminine –, Metz triomphe enfin au niveau continental. La 38e campagne européenne consécutive des Dragonnes aura été la bonne. Et le succès face à l’armada de Györ, dans une arène de Budapest tout de vert vêtue et totalement acquise à l’équipe hongroise – à l’exception de 700 supporteurs messins, en jaune –, efface bien des désillusions. Comme ces quatre défaites aux portes de la finale depuis 2019, avec parfois des scénarios cruels, comme la saison passée, où les Messines s’étaient inclinées en prolongation après avoir fait largement la course en tête.
Elles voulaient une fin « en apothéose »
Mastodonte du puissant championnat magyar et de l’Europe, Györ n’était pas une inconnue pour l’équipe lorraine. Depuis plusieurs années, le club de cette petite ville provinciale du nord-ouest du pays, sur les bords du Danube, recrute avec régularité les pépites façonnées par la formation messine. Au point que certains, chez les Dragonnes, s’agacent de voir leur club transformé en « centre de formation » de ce Real Madrid du handball au féminin. Dernier mouvement en date, la pivot Sarah Bouktit rejoindra l’escouade verte la saison prochaine.
Mais dimanche, celle qui a été désignée meilleure pivot du dernier Mondial avec les Bleues n’a pas fait de sentiment face à ses prochaines coéquipières, terminant meilleure marqueuse de la rencontre (12 buts) et MVP (meilleure joueuse) du Final four. Une fin « en apothéose » comme elle l’espérait la veille. « Tout ce que je veux, c’est apporter une Ligue des champions à mon club. Ce serait ouf. Metz le mérite », insistait Sarah Bouktit, citée par l’Agence France-Presse (AFP).
Dimanche, les Messines ont fini par remporter le bras de fer face aux joueuses hongroises. « On l’appelle “armada de Györ” depuis des années, mais on s’était dit : “qu’est-ce qu’on a à perdre ?” Aujourd’hui ce n’était pas l’armada de Györ, mais une grande équipe de Györ contre une grande équipe de Metz » a estimé l’ailière droite Lucie Granier, citée par l’AFP. Il ne fallait pas avoir le syndrome de l’imposteur. On a mérité notre place, on est allées la chercher. »
Non sans se faire peur en fin de rencontre, voyant les équipières de la Brésilienne Bruna De Paula et d’Hatadou Sako, gardienne de l’équipe de France – toutes anciennes du club lorrain – réduire l’écart qu’elles avaient creusé. Dans un final sous haute tension, les partenaires de Léna Grandveau ont su conserver leur calme, pour résister jusqu’au bout. Et offrir au handball au féminin français, déjà titré à de nombreuses reprises en sélection, sa première Ligue des champions. De quoi repartir de Budapest en fête ; une nouvelle habitude pour les clubs français.