La marche blanche en hommage à Lyhanna, la collégienne de 11 ans retrouvée morte jeudi, six jours après sa disparition, a réuni, dimanche 7 juin, environ 6 000 personnes dans la commune de Fleurance (Gers), selon la préfecture. La mairie avait dit samedi s’attendre à la présence de 5 000 personnes. Derrière une banderole portant l’inscription « Plus jamais ça ! On t’aime. Tu nous manques », les parents et le frère de Lyhannna, en tête d’un cortège, étaient accompagnés de personnes, proches et anonymes, vêtues de t-shirts blancs avec la même inscription. L’affaire a suscité une forte émotion, sur fond de polémique concernant le traitement judiciaire des plaintes pour viols sur mineures visant le suspect.
« Notre petit monde tout entier s’est effondré », a déclaré la famille de la petite fille lors de cette marche. « Lyhanna doit être tellement émue de voir depuis là-haut, tout ce monde rassemblé pour elle », a déclaré l’une de ses tantes depuis une estrade sur laquelle se tenaient également ses parents. « Lyhanna, pardon, pardon pour ce que tu as vécu », a conclu sa tante.
« Je me sens concernée, j’ai deux enfants, une fille de 12 ans et un fils de 13 ans. Ça aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, ma fille », a affirmé Céline Camus, 41 ans, qui a participé à la marche. Manola Martin, retraitée, a fait 50 kilomètres pour apporter son soutien à la famille. Elle a été victime de viol quand elle avait 17 ans. Elle a expliqué être présente pour ses « filles et ses petites-filles », « malheureusement la justice ne fait rien pour ces gens-là ».
A Montestruc-sur-Gers, où réside le suspect, Jérôme B., 41 ans, le panneau du village a été recouvert d’un drap blanc sur lequel a été tagué « PDM [peine de mort] pour les pédos », a constaté dimanche un photographe de l’Agence France-Presse.
Polémique sur les carences de la justice
Jérôme B. nie toute implication face aux enquêteurs dans la mort de l’enfant, disparue le 29 mai après avoir été filmée alors qu’elle montait à bord de sa voiture. Face à la juge d’instruction du parquet d’Agen, il a refusé de répondre à la moindre question.
Quatre plaintes pour viols sur mineurs et deux signalements, dont un pour « comportement inapproprié » envers une lycéenne, visent Jérôme B., mis en examen lundi pour enlèvement et séquestration avant d’être incarcéré. Malgré des soupçons de pédocriminalité, il n’avait jamais été entendu auparavant par les enquêteurs. Selon la procureure de la République d’Auch, il avait fait l’objet de plaintes pour viol sur mineur en 2022 et 2025. La première a été classée sans suite. Une enquête est en cours pour la seconde.
Cette seconde plainte suscite la colère : déposée en août 2025, le parquet de Toulouse l’a transmise au parquet d’Auch, les faits s’étant produits à Montestruc-sur-Gers, où habitait Jérôme B. Selon la procureure d’Auch, elle n’a été reçue qu’en décembre 2025, puis transmise à la gendarmerie en janvier 2026. Jérôme B. n’a jamais été entendu dans cette affaire.
Ces dysfonctionnements ont été pointés du doigt jusqu’au sommet de l’Etat, qui a accablé l’institution judiciaire. Le garde des sceaux, Gérald Darmanin, a présenté vendredi ses « excuses au nom de la justice » à la famille de Lyhanna. « Il est clair qu’il y a un dysfonctionnement (…) et c’est inacceptable », a déclaré Emmanuel Macron, qui ne veut « entendre aucun argument de moyens dans cette affaire ».
Mais pour l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), demeure « l’impression qu’il faut des boucs émissaires et vite. Il y a peut-être eu des dysfonctionnements, mais il n’y a que les rapports d’inspection qui peuvent dire ça ».