Culture

« Portobello » : entre tragédie et commedia dell’arte, Marco Bellocchio retrace le parcours d’un faux coupable

« Portobello » : entre tragédie et commedia dell’arte, Marco Bellocchio retrace le parcours d’un faux coupable

Les deux séries que Marco Bellocchio a créées et réalisées ces dernières années sont comme l’esquisse d’un martyrologe de l’Italie contemporaine. Après Aldo Moro, enlevé et assassiné par les Brigades rouges en 1978 (Esterno notte, 2022), voici Enzo Tortora, un martyr d’une tout autre trempe que l’austère dirigeant démocrate, même s’il est incarné par le même acteur, Fabrizio Gifuni.

Présentateur de « Portobello », l’émission la plus populaire de la télévision italienne au début des années 1980, Enzo Tortora fut arrêté, incarcéré et jugé pour appartenance au crime organisé et trafic de stupéfiants à la suite de dénonciations formulées par des repentis de la Camorra napolitaine. Là où Aldo Moro était broyé par des forces qu’il avait en partie mises en mouvement, le présentateur vedette est précipité dans une machine dont il ignore à peu près tout, dont le premier effet est de ravaler la vedette au rang d’homme quelconque, de l’exposer aux avanies qui menacent d’ordinaire les plus faibles.

Cette trajectoire à travers deux univers, le carcéral et le judiciaire, forme la colonne vertébrale de Portobello, la série, et lui confère la tension dramatique inhérente à ce type de drame (dont l’archétype est sans doute Le Faux Coupable de Hitchcock). Mais la tragédie ne suffit pas à Bellocchio. La forme épisodique lui offre l’espace nécessaire pour déployer tous les plis de ce biotope politique singulier qu’était l’Italie à la veille de l’irruption de Silvio Berlusconi dans la vie publique.

Il vous reste 71.32% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Vous avez peut-être manqué