Culture

« Shana », de Lila Pinell, portrait explosif d’une héroïne excessive, drôle et bouleversante

« Shana », de Lila Pinell, portrait explosif d’une héroïne excessive, drôle et bouleversante

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

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Shana, remarqué à la Quinzaine des cinéastes, fait partie de ces films blasons qui portent le nom de leur personnage et sont taillés à leur mesure. Jeune Parisienne d’aujourd’hui, Shana parle fort et haut, manie une gouaille outrancière, s’embrouille avec à peu près tout le monde – sa famille juive de la classe moyenne, son petit ami, dealeur, et plusieurs de ses copines. Mal embouchée, c’est d’ailleurs autour de sa bouche gonflée au Botox – une « bonne bouche de suceuse », lâche-t-elle en plein repas de famille – que se tend sa relation avec sa mère, Yolande (Noémie Lvovsky). Très court vêtue, Shana incarne une féminité voyante, bruyante, protubérante, presque parodique. Cette vulgarité assumée vaut comme défection à son milieu, ralliement aux classes populaires comme à leur désir de visibilité.

Après Kiss & Cry (2017), un premier long-métrage dans le milieu du patinage artistique, réalisé avec Chloé Mahieu, la réalisatrice Lila Pinell secoue le genre balisé du portrait naturaliste. L’événement du film, c’est d’abord son interprète, l’explosive Eva Huault, qui revient de loin dans l’œuvre de la cinéaste. Après l’avoir rencontrée à l’âge de 8 ans sur le tournage de son documentaire de fin d’études, Nous arrivons (2009), Lila Pinell l’a sollicitée quelques années plus tard pour Le Roi David (2021), un court-métrage de fiction dans lequel s’inventait le rôle de Shana, sorte de prélude au long du même nom.

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