Il arrive que l’Assemblée nationale ne soit pas seulement l’arène des ambitions politiques et des antagonismes. L’adoption du projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse, voté par 271 députés contre 202, vient d’en offrir la meilleure illustration. Ce texte, pourtant controversé car il touche à la loi fondamentale du pays et remet en cause des traditions enracinées et des concepts cruciaux − le centralisme jacobin, l’unité de la République et le monopole du Parlement sur la fabrication des lois ainsi que celui du gouvernement dans l’édiction de règlements −, est la démonstration que les députés, quand ils décident de travailler hors des schémas établis, sont capables de compromis et d’inventivité.
Le projet de loi arrivait pourtant à l’Assemblée avec un lourd handicap : la lecture critique du Conseil d’Etat, consulté en 2025 et qui préconisait la réécriture de larges passages, avait été volontairement ignorée par le gouvernement, afin de ne pas trahir leurs engagements passés envers les élus corses lors de l’accord de Beauvau au printemps 2024. Les critiques des juristes du Palais royal offraient un boulevard à tous ceux qui voyaient dans la reconnaissance d’une « communauté » liée par ses spécificités linguistiques, historiques et culturelles une entaille à la nation. Cette sensibilité jacobine traverse d’ailleurs toutes les formations représentées dans l’Hémicycle, de l’extrême droite à la gauche radicale.
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